Pose de tuile originale et délicieuse
Dans sa quête sans fin du jeu familial + idéal, Phil Walker Harding injecte toujours un petit twist qui donne d'abord l'impression que le jeu est génial.
Après quelques parties, il arrive qu'on se rendre compte que ce n'est pas vraiment le cas, qu'il avait juste l'air génial mais se révèle finalement un peu terne (le simpliste Barenpark, le répétitif Sushi Go et le poussif Cities ont beau faire partie de ses plus grands succès, ils ont quitté ma ludothèque depuis belle lurette au profit de meilleurs jeux de polyominos, de draft et de création de ville).
Par contre, bonne nouvelle, Cacao ne fait pas partie de ceux-là: c'est vraiment un super jeu à la fois accessible et malin (remarquons qu'aucun des 3 succès précité n'était vraiment malin, à l'inverse d'autres créations brillantes de cet auteur comme Gizmos ou Cloud City).
Il s'agit de pose de tuiles, mais on est très loin de Carcassonne ou Kingdomino car on ne créé aucune zone. C'est d'avantage un jeu de pose d'ouvriers très futé, qui ravira sans doute les gamers en quête d'un filler séduisant. Les tuiles posées par les joueurs vont composer un damier qui alternera toujours une forêt (les ressources) avec des ouvriers (tuiles comportant un certain nombre de meeples imprimés sur leurs 4 côtés). Les ouvriers sont ainsi posées par les joueurs à partir de leur stock personnel et peuvent enclencher la pose d'une nouvelle tuile jungle qui a également un effet: ça combote! Vous comprenez pourquoi je disait que les amateurs de pose d'ouvrier allaient kiffer?
Les façons de scorer sont classiques mais réussies, incluant du commerce (culture puis vente de fèves) majorités autour des temples, piste eau sur laquelle progresser (malus dans les premières cases), mines pour gagner directement des pièces. Mais l'intérêt provient non pas de ces scorings (tellement classiques) mais de la façon de les déclencher avec les bords des tuiles ouvriers, que l'on peut orienter à loisir. J'ai presque retrouvé des sensations d'un ancêtre ultra audacieux nommé El Caballero, qui jouait aussi beaucoup sur les contacts des bords avec les tuiles déjà posée... en vingt fois plus accessible évidemment.
Petite touche finale qui permet de réaliser des fins de parties faramineuses si on connait bien son "deck" d'ouvriers et qu'on a un peu planifié, on peut remplacer des tuiles déjà posée en payant une ressource spéciale. Cette règle est peut-être le (petit) point faible du jeu, car même si elle est incontestablement brillante et l'ammène vers un côté presque expert, elle semble quand même manquer de finition, il y a quelque chose d'un peu brouillon dans ces remplacements autorisés uniquement à partir de la fin de la pile jungle.
Bref, ce joli petit jeu est pour moi c'est un des meilleurs Familaux + de cet auteur, si ce n'est le meilleur (l'avenir et d'avantage de parties le diront).