Mécanismes astucieux mais chaotiques et charme désuet
Voilà un jeu trouvé pour 3 euros et il m'a vraiment surpris. Le dessin de la boîte est fort moche, mais à l'intérieur on trouve un matos est joli et soigné, avec en particulier un plateau figurant un Palais en vue plongeante qui rappelle beaucoup d'autres Queen Games, comme par exemple le voleur de Bagdad.
Comme on marque des points en fabriquant des carrelages colorés, on pense immanquablement à Azul. Pourtant la dynamique en est très différente. Au milieu du plateau, un tourniquet nous offre un petit marché de tuiles dont l'orientation conditionne leur placement, même si on peut contredire cette condition en dépensant un des 4 marqueurs de quartiers (réintégrables au prix d'un tour perdu). Ce disque tournant est astucieux et bien réalisé mais aussi un peu gadget, car la partie la plus maline de Maharani réside plutôt dans le marquage de points avec les tuiles et surtout les meeples.
D'abord, on va poser ces tuiles pour agrandir des zones de couleur, ce qui (très classiquement) nous fait marquer autant de points que la taille de la dite zone. Là où ça devient subtil, c'est que l'on va aussi y poser des meeples, limités à un par couleur de tuile et par quart du plateau (les fameux "quartiers" qui divisent le plateau en 4). Le nombre de ces meeples placés déterminera un décompte lorsque le quartier concerné sera terminé.
Le premier de ces meeple associé à une couleur et un quartier est posé automatiquement, puis celui-ci se déplacera sur une autre tuile de même couleur posée par le même joueur, mais uniquement si la flèche dessinée sur cette nouvelle tuile posée pointe vers le côté du plateau attribué au joueur. Un peu tordu non? Heureusement, c'est très facile à suivre visuellement, et plutôt excitant.
Ceci implique qu'on peut facilement faire bouger ses artisans, mais pour quoi faire alors? Tout simplement pour déclencher un autre scoring: s'ils touchent (orthogonalement) d'autres meeples du même joueur (qui sont donc obligatoirement posés sur d'autres couleurs) on marque autant de points que le nombre d'artisans dans ce groupe! Ca ne rapporte pas forcément grand chose mais c'est assez rigolo.
Tout cela est brillant mais fonctionne un peu à vide, incitant plutôt à jouer au petit bonheur la chance, bien loin des clalculs vicieux d'Azul, alors que (vous pouvez en juger aux règles ci-haut) Maharani est quand même plus complexe.
Pourtant, cette expérience est agréable et rafraichissante, tout en diffusant un parfum de ringardise ludique tout à fait charmante. Les enfants adorent ce jeu, ainsi que les préados, et même si les joueurs avertis le trouvent très chaotiques, ils peuvent aussi tomber sous son charme. Dans Maharani, on les choix arrivent sans doute un peu par hasard, mais ils sont tout de même intéressants car étonnament variés. Voilà une bizarrerie innofensive, méconnue et réjouissante que je préfère à Azul, beaucoup trop méchant pour mon goût.