Dans la quoi ??? de l’Empereur ?
Type de jeu : Dont il ne faut pas traduire le titre à la hussarde.
Nombre de parties jouées : 2 à 2, 1 à 3 et 3 à 4
Avis compendieux : Mes deux premières parties à 2 m’ont laissé entrevoir un très bon jeu, même si je sentais que l’aspect diplomatique et notamment les élections, perdait de l’intérêt (forcément) et que l’aspect calculatoire augmentait (forcément aussi). Ma première partie à 4 (malgré des règles expliquées laborieusement, cf. infra) a plu à tout le monde. La partie a été très tendue et le score (on a des mémoires d’alouette et on cachait les cartes de points) a été une surprise. Le jeu est très fluide, très agréable, et assez vicelard : le fait d’être empereur est certes un avantage, mais pas absolu : l’empereur bullant inutilement sur son trône n’est pas là pour aider à créer des majorités dans les provinces, et comme c’est un jeu de majorité, mine de rien, un baron de moins, ça compte, même si ceci est largement compensé par les villes impériales, qui ne bougent pas cependant et par le fait que l’empereur a le dernier mot en cas d’égalité. L’utilisation des chevaliers est délicate, il faut éviter les situations dans lesquelles ils risquent de se faire « écraser » par un baron adverse. Il ne faut pas hésiter à évacuer les provinces où la cause est perdue, mais les cartes qui le permettent ne sont pas légion et il faut les utiliser avant qu’elles ne disparaissent. La carte médecin est bien marrante (mais je me dis que l’utiliser à profusion est peut-être un défaut de débutant, il y a sans doute mieux à faire que d’empoisonner les gens).
Clarté des règles (3) : Ça fait partie des jeux dont j’ai laborieusement expliqué les règles, non qu’elles soient trop complexes, mais que je les avais oubliées en partie. Pourtant, tout est assez fluide et limpide, il y a certes un effort de mémoire à faire pour retenir la signification des différentes cartes, mais tout est fait pour qu’elles soient rapidement et durablement acquises. Ben avec moi, ça n’a pas marché, je ne saurai dire pourquoi…
Qualité du matériel (4) : J’aime bien, c’est même ce qui m’a attiré dans ce jeu (le premier regard, quoi). Pourtant, beaucoup n’aiment pas qui la couleur, qui les dessins naïf, qui je ne sais quoi. Mais il m’arrive souvent de bien aimer un matériel décrié sur son aspect esthétique ; je dois avoir mauvais goût. Niveau pratique, un truc qui m’a surpris au début, c’est le fait que les points soient comptés par des cartes et non via la traditionnelle piste de scores. D’autant plus que les cartes ont tendance à glisser et à perturber le plateau de jeu. Mais l’intérêt de ça doit être qu’on garde les scores secrets (ce qui n’est pas dit précisément dans la règle du reste je crois). Donc si vous avez de gros doigts, mieux vaut poser les cartes à côté du plateau. A part ces cartes qui risquent de choir en mettant la pagaille sur le plateau, le tout est fonctionnel sauf peut-être le fait que lorsqu’on retourne les barons sur le côté marié, parfois c’est le même âge, parfois non. Mais c’est vraiment pour chipoter. Et tout a bien sa place dans la boîte, ah là là, le régal des boîtes Hans im Glück pour les psychorigides du rangement.
Reflet du thème (5) : Rien que pour le fait de chercher à marier sa fille à la criée, je mets 5. C’est le point burlesque, limite grivois (j’ai quand même entendu une jeune femme au demeurant assez réservée s’exclamer : « Qui veut de ma fille ? C’est une blonde à forte poitrine. » Moi j’aurai jamais osé) du jeu qui le rend comique (sur cet aspect là). Bon, après c’est de la bonne mécanique allemande, très typé jeu de majorité (qui ne sont guère propice au thème, allez savoir pourquoi), les différences entre province sont certes stylisées jusqu’à l’abstraction, mais la distinction provinces ecclésiales/provinces temporelles, le jeu de chaise tournante entre les barons, la façon de courtiser l’empereur crée une certaine ambiance qui n’est pas loin d’être ce que l’on peut qualifier de bon reflet du thème. Et puis quand on envoie sa fille au couvent (« Paf, au couvent ma fille, comment ça tu veux pas ? M’enfin, t’as vu ta tronche ? C’est ton seul espoir de survie, ma pauvre fille », ils étaient pas tendres, à l’époque), alors là, on y est pilepoil dedans…
Avis comportant ratiocinations et autres superfétations :
C’est un jeu de majorité dont l’originalité tient dans le fait que les points ne se gagnent pas lors de décomptes réguliers ou non, mais lorsque la majorité change (en fin de tour). Il ne sert à rien de conserver la majorité, si ce n’est pour empêcher les autres de l’obtenir évidemment. Cet aspect en trouble plus d’un. Un autre aspect qui peut troubler est le faible nombre de barons : il faut faire avec, c’est bien pensé à mon sens, mais cela oblige à faire des choix difficiles, à abandonner des provinces trop fortement tenues, à être très mobile pour essayer de conquérir des provinces où l’on ne vous attendait pas. La grosse question de la partie sera : guerre des tranchées où l’on n’offre de points à personne ou guerre de mouvement avec une grande circulation des barons et de nombreux changements de majorité ? Cela pourra donner des parties très différentes, mais aussi intéressantes. Un autre aspect important à gérer, c’est la bonne gestion de son cheptel de barons si vous me permettez l’expression. Non ? Tant pis alors. Il faut en effet veiller à bien renouveler ses populations, et si le médecin est là pour retarder l’inéluctable, il faut surtout éviter de se retrouver dans la situation où plusieurs de ses barons iraient à la réforme, pardon, prendraient leur retraite (enfin, mourraient, quoi) en même temps. La marge de manœuvre serait considérablement réduite lors des tours subséquents (oui, j’aime bien ce mot, c’est mon préféré avec superfétatoire et prout je crois). Evidemment, et c’est très réaliste (nooon, je rigole), il faut veiller à avoir des garçons, parce que les filles, ça fait rien qu’à minauder (j’ai dit : je rigole, hein, bon). En terme de jeux, c’est quand même un moyen peu onéreux de renouveler le susdit cheptel, beaucoup plus que de recourir à l’immigration. Mais évidemment, les cartes bleues sont plutôt moins puissantes (même si les cartes médecin et déménagement sont très utiles, ainsi que les cartes relatives au vote).
A ce jeu, il n’y a pas de hasard. Enfin, si : la détermination du premier empereur se fait au hasard en début de partie. Et mine de rien, cela peut avoir des conséquences : aux autres joueurs de faire ce qu’il faut pour ne pas laisser le trône trop longtemps au même joueur, tout en mesurant le risque pris en se lançant dans la lutte pour icelui, notamment le choix de cartes bleues concernant le vote, qui donnent certes des garçons mais qui n’aident pas à gagner de majorités sur le plateau tout en coûtant des sous.
Bref, un jeu où les choix sont nombreux et difficile, Corneille ne l’eût pas nié comme eût dit l’autre. Enfin, je tiens à dire ici que j’aime beaucoup le « on tue des gens quand même » de M. Target, qui est criant de vérité : c’est vrai que ces rares dans un jeu allemand (bon, en fait, on les envoie juste à la maison de retraite, c’est tout).