Malgré son apparence confuse et désuette, voici une vraie bête de course!
Il est intéressant de comparer ce Nauticus de 2013 à Asara, également de Kramer et Kiesling, qui date de 3 ans avant. En bien de points, Nauticus avec sa construction de bateaux est une version corrigée et compléxifiée d'Asara et sa construction de tours. Datant de la même année que l'excellent Coal Baron, Nauticus partage avec lui un principe de chaîne de production à planifier correctement, qui fonctionne pour ces deux jeux de façon vraiment brillante.
Loin de se reposer sur une idée unique comme Asara et ses ouvriers/cartes de couleurs à dépenser pour déclencher les actions, Nauticus développe un superbe système de variabilité des coûts et des bonus, ce qui le rend très vivant et oblige le joueur à s'adapter en permanence. Si Asara vous semblait ennuyeux et répétitif, Nauticus pourra vous apparaître comme bien plus sophistiqué et intéressant. Cependant, ses règles sont peu intuitives et il vous faudra sans doute passer par un moment de doute devant ce qui apparait comme de la confusion. Que nenni: Nauticus est une vraie machine de précision, une bête de course, tout d'inverse d'un "Ok game"! Sans doute un des meilleurs Kramer et Kiesling de la période récente, à placer aux côtés de Terra Pyramides, Carrara ou Gueules Noires.
Le système de roue d'action en renouvellement perpétuel permet une planification passionnante, qui fait un peu penser à Puerto Rico mais en plus visuel: dans les deux cas on va choisir une action pour le tout le monde mais en bénéficiant d'un bonus perso, donc on va toujours faire bien attention à choisir celle qui nous bénéficiera le plus à ce moment-là. Tout le sel de Nauticus se situe dans ce choix: c'est un vrai délice de sentir qu'on a fait le bon, mais aussi souvent de bénéficier du tour d'un autre qui s'est lamentablement planté et nous rend un fier service! Le fait de devoir passer de temps en temps est également valorisé par un bonus, ce qui fluidifie encore le jeu.
Malgré ses dessins d'un autre âge (qui pourraient dater de 10 ou 20 ans plus tôt) Nauticus se révèle un jeu étonnament nerveux et moderne. Par contre, prévoyez un rangement adéquat pour ces très nombreuses tuiles, car c'est un véritable enfer que d'essayer de les maintenir en piles intactes! On se prend à rêver ce que serait un tel jeu avec en plus une carte sur laquelle on pourrait envoyer nos bâteaux une fois construits (un peu comme celle d'Orléans par exemple). Une extension à inventer?