Les ninjas parachutistes (Racolons : il en restera toujours quelque chose)
Aujourd'hui, faisons connaissance avec le lointain cousin nippon.
Le cousin, que dis-je, les cousins! Car chez les Shogi, ils sont toute une ribambelle. Il y a Heian, Tori, Sho, Wa, Dai, Tenjiku, shu et j'en oublie sûrement cachés sous le lit. Une famille nombreuse quoi! Dans cette large fratrie, Shu est le sumo. Un monstre se jouant sur un plateau de 12x12 cases avec pas moins de 46 pièces de chaque côté aux déplacements de folie ! Le meilleur wargame de tous les temps. Micro et Mini, les derniers nés, sont en comparaison des bonsaïs.
Mais hâtons-nous plutôt vers le jeu standard sous peine de vous voir zapper ou, à tout le moins, me lire en diagonale pareils aux fous.
Des trois classiques qui composent la Sainte trinité échiquéenne le jeu occidental, le Xiangqi et le Shogi, ce dernier est certainement le plus déroutant mais non le moins fascinant.
Je dois prévenir, en premier, que je ne suis pas très versé dans la science du jeu, ma vénération quasi extatique a donc de quoi faire sourire bien des puristes. Mais, je ne résiste tout simplement pas à l'attrait-attraction d'un beau shogiban, en hêtre, à ses pièces en forme de flêche, calligraphiées sur les deux faces. Préalable obligé, il vous faudra apprendre ces caractères pour différencier les pièces les unes des autres. Il existe, bien-sûr, certaines versions à notre usage sous titrées mais préférez-leur toujours des vo. Cet investissement initial vous permettra par la suite d'accèder à la littérature technique, si toutefois vous succombez.
L'intérêt du Shogi vient pour grande partie de ce qu'il advient d'une pièce après sa capture. Elle change de camp et peut, dès lors, se voir parachutée partout sur l'échiquier. C'est contraire aux règles élémentaires du Bushido, me direz-vous, et vous aurez raison. Car vit-on jamais samouraï survivre au déshonneur d'être défait et rallier l'instant d'après l'ennemi et le servir? Donc, pas de Hara-kiri ni flots d'hémoglobine.
Ma pratique du Shogi est solitaire, le plus souvent. C'est mon jardin zen. Faute de partenaire, je refais tantôt les parties des grands maîtres sans rien comprendre ou si peu, tantôt encore je m'exerce à la résolution d'un tsume, l'équivallent d'un problème aux échecs. C'est sans doute par là qu'il vous faudra commencer, et qui sait si, à votre tour, vous ne serez pas happé.
'Se conquérir soi-même, c'est conquérir l'adversaire' Takuan Soho