Ad Majorem Boelingerae gloriam
Mon avis le plus long ! A l’image du jeu : dilluvien…
Ton univers impitoyaaaaa able.
Le point essentiel à aborder en priorité pour parler d’Earth Reborn est à mon sens son background. La lecture de l’histoire et des persos est tout simplement indispensable. Elle immerge dans l’univers du jeu. Si c’est assez bien rédigé, c’est surtout l’ambiance qu’on retient : elle a son cachet, assez glauque, très survival. C’est pas une surprise quand on s’est fait moubourrer mais ça fait complètement parti du jeu de s’en imprégner. La mise en contexte au début de chaque scénario est dans la droite ligne de l’historique, une continuité qui semble totalement naturelle (et bien faite du coup…). Moi ça me plaît beaucoup. Mais si votre collègue de jeu n’est pas dans le même trip, ça gâche réellement le plaisir. Des potes de jeu sont très sensibles à ça, ils trouvent que c’est très important et c’est quelque chose avec lequel je ne suis pas forcément d’accord, une mécanique se suffisant parfois à elle-même, comme dans « Troyes » par exemple. Avec Earth Reborn on a là un jeu où cette position tient la route. Sans accroche sur le background, y’a un problème… Je ne peux m’empêcher ici de faire une comparaison avec Tannhauser où le « problème » est le même. Comme je l’ai dit dans mon avis sur ce jeu, il a un background terrible qui crée une part certaine du plaisir de jeu. Avec Earth reborn, c’est pareil (dois-je rappeler ici que Cris Boelinger a fait « Tannhauser Field ops » ?). Les scénarios continuent l’histoire, posent presque les bases d’une « fresque ». Franck Einsten est amoureux d’une noradienne, on sait que Cherokee Bill est blasé de ses supérieurs (ça sent les trahisons en masse tout ça…), les occultistes continuent de bosser sur leurs expériences. Bref, les scénarios nous font vivre les aventures glauques de personnage torturés dans un monde en ruine.
Après, malgré ce background, c’est un jeu d’escarmouche alors si on aime pas ça, on peut difficilement accrocher au jeu. Un pote (qui l’avait acheté) n’a pas aimé du tout car il n’aime pas l’escarmouche. Pourquoi l’avait-il acheté ? C’est à cause de la collectionnite… Il aime brasser les jeux, lire les règles, manipuler le matos, le ranger bien comme il faut dans les boîtes, mettre des protège-cartes… bref, un ludopathe quoi. Vous connaissez sûrement ça !
C’est ensuite un jeu chronophage au possible.
Entre l’installation et l’explication des règles (de base j’entends) : 1h30 minimum… Il exclu direct les non joueurs à cause de ça, de la même manière que le fait Dungeon Twister (sauf si vous arrivez à tout installer avant l’arrivée des joueurs, ce qui m’est très difficile). Certains jeux ne sont pas pour tout le monde. Donc si vous voulez initier d’autres joueurs en dépassant les règles basiques, ils auront intérêt à être motivés. Vous aussi, si vous en initiez plus d’un. C’est un jeu qui se mérite, comme DT ou la Guerre de l’anneau, de ce type à la courbe d’apprentissage progressive qui nécessite d’y consacrer avant tout du temps, la difficulté en soi n’étant pas le principal obstacle (quoique ça peut l’être aussi !). Par exemple, je me suis rendu compte au bout de la quatrième partie que j’oubliais un élément essentiel du jeu, le nombre de PC limité par personnage. Un truc tout bête à comprendre mais « noyé » dans le reste des règles…
Il y en a qui ont apparemment adoré se farcir les règles, je suis plus mitigé (parfois on y prend plaisir, parfois non), là aussi faut être motivé même si elles sont bien faites (rien à dire de ce côté-là). Ok elles sont progressives mais du coup c’est encore du temps (trop) à y consacrer.
Avec un minimum de recul, cette question du temps passé sur le jeu est essentielle, elle en fait complètement partie. Comme le dit Dric, on est à un stade du développement ludique où avec 800 sorties par an, nous consommons beaucoup les jeux ; règles vite expliquées, jeux vite oubliés (même s’ils sont bons, comme Agricola). On veut tout tout de suite. Typique de maintenant quoi. Des types mettent un temps fou à nous pondre tout ça, et nous on fait comme des gamins, on les range vite fait sous le lit (à la différence qu’on respecte le matos…). Ca faisait déjà un moment que je le pensais ça… Avec Earth Reborn, sûr que vous êtes obligés de vous investir. Et quand on rentre dans le trip, c’est bon. Oui, c’est prenant. Mais il faut les bonnes personnes pour ça. Pas facile à mettre en place.
En ce qui concerne les scénarios.
Certains ont joué plusieurs fois le scénario 1. Nous n’y avons vu qu’un intérêt limité à deux choses : la maîtrise des mécaniques de base et un point fondamental lié au tirage des tuiles ordres ; méfiez-vous, parfois on peut se déplacer trèèès vite. Ca crée des surprises qui fondent un point essentiel du jeu : le blocage de l’adversaire. Très stratégique et ça c’est bien bon. Le scénario 2 illustre bien ce point essentiel. Avec les règles de ligne de vue et de duel, le jeu commence à devenir intéressant. Par contre au début je n’ai pas trouvé le scénario 3 intéressant en terme stratégique, il laisse un arrière goût de platitude (malgré la mise en contexte « sympathique » : la dissémination d’un virus mortel dans un environnement qui se remet tout juste de l’holocauste précédent. Qui a dit que l’Histoire est une roue qui tourne indéfiniment et dont les humains ne retiennent jamais les leçons ?...). Et l’utilisation d’armes de tir ne m’a pas fait vibrer plus que ça, malgré une recherche évidente de coller à une certaine réalité dans leur utilisation (zone d’impact du lance-grenade par exemple).
Puis ma troisième partie avec le scénario 3 m’a fait changer d’avis sur le scénario en lui-même et sur l’utilisation des armes. La partie précédente n’avait pas été aussi tendue et là on est vraiment rentré dans le vif des possibilités des armes. Attention, ne surestimez pas votre puissance de ciblage, on fait vite un jet défavorable (même avec un fusil de sniper). Arme de tir ne signifie donc pas forcément arme de longue distance.
En plus, avec l’utilisation des armes de tir, on prend une meilleure mesure des caractéristiques des personnages. Avec le scénario 2 on savait que les zombies sont puissants au corps à corps (encore plus avec un bon gros couteau de la dimension d’une épée…) mais lent au déplacement et moins puissants en défense que leurs ennemis (cohérent tout ça pour des zombies…). Le Norad inversement : moins puissants au corps à corps mais plus forts en défense. Sauf qu’à ce stade des scénarios on voit que ses personnages sont aussi mieux taillés pour les armes de tir. Le Professeur Kendal est quant à lui inapte au combat, son arme principale étant son cerveau maléfiquement producteur de monstrueuses ignominies (franchement, lâcher un virus mortel dans l’air après une catastrophe nucléaire…). Tout ça est mûrement réfléchi, ça se sent. Enfin on sent surtout que Christophe Boelinger est un dangereux sociopathe qu’il faut interner rapidement ; le soir il doit certainement bosser dans une cave à quelque arme biologique en compagnie de talibans doux comme des loups-garous après une orgie de fœtus d’infidèles… Maintenant que Bin Laden (oui celui des machines à laver qui atterrissent sur les immeubles) est mort on a un remplaçant tout trouvé (enfin façon de parler, ça se bouscule au portillon). En plus ça tombe nickel, il ressemble à Géronimo (j’espère qu’on se comprend et que la C.I.A. (Centrale à l’Intelligence Anéantie) ne lira jamais cet avis !!)… Marrant cette histoire de jeux de mots débiles juste là parce que le lendemain je lis un article dans « le Courrier international » intitulé « Quand l’intelligence déserte la C.I.A. ». Je suis un visionnaire… Apparemment, avant même le fameux 11 septembre, un certain nombre de cadres ont déserté pour des agences privées de renseignement qui les paient deux fois plus…
Et puis après vous passez au scénario 4. Alors lui, il m’a coûté cher en énergie. Au moment où j’écris ces lignes, c’est un peu dur au niveau personnel, j’ai du mal, de la fatigue, des problèmes existentiels. Je suis arrivé moyennement en forme chez mon pote. Après environ 1h40 d’installation et d’explication des règles liées au scénario 4, 4h de jeux (cf. ci-dessus pour les commentaires sur le temps passé à Earth reborn…), une nouvelle défaite (…) et 25 minutes de bagnole pour rentrer chez moi, j’ai passé de façon agitée ce qui restait de la nuit avant de repartir au taf. Sale journée j’ai passé, je vous le garantie.
Le scénario 4 vous pose d’autres types de problèmes existentiels : « voyons, vais-je devoir sauter sur la mine que j’ai posé moi-même pour empêcher cet enfoiré de faire sauter le coffre ? Suivre la piste de poils de Vachequez ou se rendre au laboratoire à zombies ? » Et autres tergiversations du même ordre… La configuration du plateau a été murement pensée pour vous faire mal au cerveau. Le calcul des déplacements et des choix à faire vous écartèle. Les conditions de victoire des Salémites vous rendent fou : se déplacer d’un bout à l’autre du plateau pour remplir cette putain de seringue et réveiller de nouveaux potes morts-vivants en évitant les balles et les poils de Vasquez (déjà utilisé ça…). Les dilemmes sont tout aussi nombreux pour le Norad : détruire le labo de chimie pour rigoler ou faire sauter le coffre en premier ? Torturer un zombie pour lui faire mal (ah non pas possible ça…) ?
Le SPI ? Limpide comme une plage de la côte d’azur à proximité d’une sortie de bouche d’égout après un passage de main du Maire… Non. Je rigole. En fait ça passe comme un doigt dans le cul. On est tendu au début et après on adore ça. Enfin c’est pas moi qui le dit hein… C’est Dric, depuis sa désormais célèbre chute d’une table à l’anniversaire de sa soeurette vers le 7 avril 2011…
Respects
Qu’on aime ou pas ce qu’il fait (et c’est un point dont on pourrait discuter un moment, la longueur de cet avis l’illustre bien), j’aime la démarche ludique de C. Boelinger en général. Il aime se faire du mal, se triturer le cerveau pour pondre des gros trucs, et originaux avec ça. Certaines mauvaises langues pourraient dire qu’il aime aussi l’argent quand on voit les packs de figs de DT… Je trouve qu’il a aussi le droit de vouloir gagner du pognon avec ce qu’il donne pour faire ses jeux. Allez soyons lucides : il y en a pleins qui savent pas quoi faire de leur argent (pendant que pleins d’autres galères pour joindre les deux bouts, comme moi, mais c’est la faute de personne d’autre hein…) alors mettre 28 ou 35€ pour des figs afin de s’immerger encore plus, y’en a plus d’un que ça doit pas arrêter (quand on voit qu’ils font des dés et des protège cartes spéciaux pour le jeu de coop Chtulu and co, y’a bien un marché non ?). Et qui n’aime pas l’argent hein ma brave dame ? Et puis tout le monde en profite puisqu’ainsi Cricri peut continuer ses expérimentations de productions ludiques génétiquement modifiées hors normes !