Je retourne la reine, toujours du bon côté
Type de jeu : Avec pleins de mécanismes dedans et de bonnes idées, que c’en est un régal (en plus on peut faire pleins de jeux de mots stupides, par exemple j’appelle le manuscrit que donne je ne sais plus qui le papier toilette, ça ne fait rire que moi (et encore, non, rire me donne de l’asthme en fait) mais ce n’est pas grave, la boule avec une croix dessus, je l’appelle la boule, tout simplement, enfin bref, qu’est-ce qu’on se marre).
Nombre de parties jouées : 8
Avis compendieux : J’ai manifestement un petit faible pour les jeux de Rüdiger Dorn, qui ne se ressemblent pas pour un sous entre eux (en tout cas, pas plus que des jeux d’auteurs différents : trouvez-moi des points communs entre Die Händler von Genua, Goa, Louis XIV et Die Baumeister von Arkadia, bon, à part le fait qu’on peut gagner des points de pleins de façons différentes et que ça mêle plein de mécanismes ; et qu’ils sont beaux, mais ça, on ne va pas s’en plaindre) et sont toujours très originaux dans leur style et bien très ficelés. On compare souvent Louis XIV à Mykérinos (ou plutôt l’inverse, puisque celui-ci est sorti après celui-là) : Mykérinos est caractérisé par une mécanique épurée, racée, même, avec des choix cornéliens à faire (musée ou pas musée), mais ma préférence va largement au premier (celui-là, donc), parce que je préfère les jeux gouleyants, avec pleins de petits trucs, pleins de petites choses (super intéressant ce que je dis, là) partout, de la truculence, bref, les jeux un peu gargantuesques, quoi. Et malgré un reflet du thème qui est ce qu’il est, Gargantua n’aurait sans doute pas renié Louis XIV (le jeu), oui, j’ai très bien connu Gargantua étant jeune, et je sais très bien ce que je dis.
Clarté des règles (3) : Le plus gros reproche qu’on puisse leur faire est sans doute qu’elles sont en langue germanique ; mais peut-on vraiment en vouloir aux auteurs allemands de faire des jeux en Allemand ? Non, ce serait un peu fort de café et pousser un peu loin l'exception culturelle, tout de même, faut bien en convenir. Ceci étant dit, je ne les ai oncques lues, on me les a expliquées, et, d’une partie sur l’autre, je ne saurai dire pourquoi, systématiquement quelques points nous échappent, il faut aller le récupérer dans la règle, et ça se fait souvent avec quelques difficultés, bon, c’est peut-être lié à nous. Explicables assez rapidement (boaf, une vingtaine de minutes en interrompant incessamment l’explicateur pour faire une des plaisanteries susdites stupides ?).
Qualité du matériel (5) : Pour une petite boîte comme ça, on a une quantité étonnante de matériel, d’excellente facture, bien rangé dans la boîte, très agréable à manipuler (tripoter diraient certains) et à regarder. Et à ce prix-là, ça ne vaut pas la peine de s’en priver (bon, je dis ça, mais je ne l’ai toujours pas). Les cartes personnages notamment sont du plus bel effet, comme l’illustre une magnifique photo sur Boardgamegeek qui a circulé sur le forum il fut un temps.
Reflet du thème (3) : Bon, incontestablement, ce n’est pas ce qui fait la force de ce jeu. Evidemment, l’aspect jeu de majorité se prête assez bien aux jeux où l’on incarne des lèche-bottes, des courtisans, pardon (tiens, comme à El Grande, d’ailleurs, amusant, ça). Devoir payer les personnages de la cour pour attirer leurs faveurs, c’est sans doute aussi bien vu ; de là à penser qu’ils vous donnaient du papier toilette en échange, il y a un pas que je ne saurai franchir, vu que l’hygiène à Versailles laissait paraît-il quelque peu à désirer (mais laissons dire les jaloux). Ah ? Ce n’est pas du papier toilette ? Pardon, j’avais cru. Bon, c’est pareil. Mais bon, le thème n’est qu’accessoire si le jeu est bon, n’est-ce pas (c’est moi qui dit ça ??) ?
Avis comportant ratiocinations et autres superfétations : J’ai essentiellement joué à trois à ce jeu, ce qui n’est peut-être pas la meilleure configuration ; en tout cas, à quatre joueurs, la concurrence doit être beaucoup plus rude. A trois, entre gentilshommes, on arrive à se débrouiller, bon, bien sûr, il faut mettre les bâtons dans les roues des gens au moment opportun quand ils s’y attendent le moins, sinon, ce n’est pas drôle. On peut parfois se trouver bloqué par sa main de cartes de personnages (je ne sais pas leur nom officiel) par rapport à ses objectifs de récolte pour jouer les cartes bleues (itou pour leur nom officiel), mais il est souvent surprenant de constater la malléabilité des possibilités et de ce qu’on peut arriver à faire, en fonction du jeu des autres. Bien sûr, comme il y a un nombrez très limité de tours, on a intérêt à ne pas se rater, un tour sans obtenir suffisamment d’hexagones (papiers toilette, boules et autres couronnes, oui, moi et les noms officiels tant que je n’ai pas lu les règles, vous savez…) pour jouer des cartes bleues (dont les avantages ne sont pas négligeables) peut-être très dur à rattraper. Tiens, un truc à ne pas négliger, c’est de récolter régulièrement en cours de partie des sceaux (là ce doit être ça le nom officiel, ou des armoiries peut-être ?), parce qu’en fin de partie, pour les majorités, ça peut compter. Les personnages corruptibles (qui accordent leurs faveurs aux seconds pour peu qu’on les paye un peu) sont intéressants, pour peu qu’on ait de l’argent, et la plupart du temps, on n’en est pas trop à court, surtout si le Roi Soleil se montre généreux. Viser un personnage qui exige qu’on soit strictement premier est plus risqué, car ça peut faire des pions (ressemblant à s’y méprendre aux tonneaux de Puerto Rico : serait-ce à dire que les Allemands comparent les glorieux dirigeants de notre siècle d’or à des barriques ??) perdus (même s’ils réintègrent la réserve pour le tour suivant) ; autant le faire plutôt en fin de tour, en opportuniste, pour chiper la place à quelqu’un, ou le faire tranquillement si on est bien placé dans le tour. Quel plaisir alors de retourner la reine au nez et à la barbe des autres joueurs sous le regard désabusé de Louis XIV (qui était allé chez la Pompadour pendant ce temps (oui, je sais, la Pompadour, c'était Louis XV)) après avoir profité seul de ses faveurs (une bague je crois). Les cartes intrigues ne sont pas à négliger non plus, elles peuvent le cas échéant permettre des coups de Jarnac bien placés contre des adversaires par trop présomptueux et sûrs de leur superbe (et le monsieur qui les donne donne en plus un sceau, ce qui est loin d'être sot). Le dernier tour, avec toutes les possibilités de récupérer des petits points par-ci par-là, est magnifiquement tendu (comme un string, diraient je crois les jneunes en mal de sensations fortes sans doute). La comparaison du nombre de sceaux pour les majorités laisse la place à un certain suspense, où d’aucuns trouveront une place prépondérante du hasard, mais il n’y a pas de mystère : pour avoir le plus de chance d’avoir des majorités, il faut de nombreux sceaux. Bon, sinon, la source la plus sûre de points, ce sont les cartes bleues (toujours pas retrouvé leur nom), mais souvent, on est à peu près à égalité sur cet aspect (quoique). Bon, voilà, vous l’aurez compris, encore un jeu où il faut penser à tout en même temps, où chaque choix a des conséquences assez profondes sur la suite de ses possibilités, tout en influençant largement le jeu des adversaires, car l’interaction est bien présente, notamment par l’aspect majorité, bien sûr, mais aussi pour la domination pour les sceaux en fin de partie. Un jeu gouleyant, quoi.