Troublantes addictions
Je suis très circonspect face à l'engouement procuré par ce petit jeu, qui ne paye pas de mine mais qui est un grand succès, si l'on tient compte des avis de la plupart des trictraciens. J'avoue être décontenancé devant l'argument de minimalisme invoqué tellement je vois de failles avec pêle-mêle :
le prix : 10€ pour un sac et 16 cartes qui s'abîment vite (sans commentaires...) avec des pions de PV d'une qualité plus que discutable... (le sac pourra être recyclé en housse de téléphone mobile)
la thématique, la plus plaquée que j'ai vue de ma vie. Elle est où la lettre d'amour à notre belle princesse ...
un chaos omniprésent et aucune ficelle stratégique, à la limite à la fin de la partie, on peut certes deviner de manière plus probable la carte de l'adversaire et encore (vous me direz, on est dans un party game, pas de stratégie à avoir !! Ok objection retenue, je poursuis)
Zéro fun... à moins de celui d'éliminer un adversaire sur un critère totalement aléatoire... ah t'étais la princesse, t'est morte avec mon garde (roh j'avais une chance sur 10 de trouver ton rôle, je suis veinard)... pouf pouf pouf. Quand je vois le fun dégagé par d'autres jeux de "simple ou double guessing" (Loup-garou, Resistance ou Nosferatu par exemple ...), je me dis que j'ai raté quelque chose. Dans ces jeux, on est amené à faire jouer sa mauvaise foi, défendre son bifteck, faire ricocher les accusations sur d'autres joueurs, de manipuler les consciences... enfin de faire des choses plus subtiles et jubilatoires que de simplement deviner la carte d'un voisin...
La rejouabilité proche du niveau d'une faille sous-marine. Ok le jeu tourne bien, ok une partie de LL ce n'est pas désagréable (allez OK pour pousser à 2-3 parties) mais quel est l'intérêt de s'en cogner 5 ou 10 d'affilée et de remettre le couvert une semaine après...??
On va dire que c'est un phénomène de mode comme la Macarena ou Larusso. Laissons passer 1 ou 2 ans et on l'oubliera. On se souviendra avec nostalgie (et ringardise) dans 10 ans de la princesse et du garde et du petit sac rouge en en oubliant le contenu comme on se rappelle la crinière rouge sang de la chanteuse éponyme ou la gestuelle des mains (hey Macarena !! haaaaïïï !).
Plus généralement, le nouveau concept de minimalisme asiatique (Brave rats, Lièvre et la Tortue, Minivilles, LL..) laisse mon petit coeur d'européen froid comme de la glace. Entre minimalisme et vacuité, la frontière est mince.
Rendez nous le jeu de Go, minimal au possible mais immensément plus passionnant !!!