Un plat qui se mange froid et en silence
Samuraï,
Je me fais toujours un cruel plaisir à ressortir ce petit Knizia. Ce sont toujours de froides offenses, soudaines et incisives, qui vous laissent pétrifié. On croit pouvoir s'en tirer en posant ses tuiles paisblement et en assurant ses positions. Mais l'adversaire sait attendre que l'assurance vous gagne pour lancer une offensive et tout rafler au dernier moment.
Vous observez la chose sans mot dire, l'oeil vindicatif, littéralement assoiffé de vengeance. Or, la position de l'adversaire se révèle tout aussi fragile. Voilà qu'un chapeau de cérémonie encerclé lui file entre les doigts sur un simple changement de figurines. Des tuiles cumulées lentement sont combinées, et un plan savamment cogité sur plusieurs tours s'effondre en un instant... Vous souriez intérieurement et savourez votre victoire. Mais l'adversaire se mord les lèvres, puis esquisse un sourire mauvais qui vous a échappé: il jouit d'avance de son prochain coup...
Je ne comprends pas ceux qui décrivent Samuraï comme un jeu réactif basé sur un système défensif. C'est un délicieux chef-d'oeuvre de cruautés et de revanches, de malignités et d'honneur lavé. Mais c'est aussi un brillant jeu de calcul qui demande du calme et du sang-froid. Aussi, le gagnant sera-t-il peut-être celui qui aura le mieux su contrôler ses émotions. La colère est certes au rendez-vous, mais il faut savoir la contenir et patienter, dissimuler la dague jusqu'au moment propice, puis frapper sans remords. À qui sait attendre, l'opportunité du coup létal (et si jouissif) finit toujours par poindre...
N.B. L'astucieux système de pointage de Samuraï n'a rien d'alambiqué. Il force seulement à s'assurer d'une domination, mais sans favoriser une stratégie trop focalisée.