A Game of Magnates...
Sous ce titre racoleur se cache le seul jeu que je connaisse qui allie aussi bien gestion (au sens traditionnel du terme dans un jeu de société) et politique sans pour autant céder à la mécanique de négociation. Ne nous y trompons pas : j'adore ce jeu fourbe mais surtout cruel et brutal. De ce point de vue il est des plus thématique : être un aristocrate très ambitieux, gravitant autour du pouvoir royal, n'est pas un rôle de Bisounours !
Car oui, ce jeu est un de ceux que je possède avec la plus forte immersion thématique (à mes yeux, autant que Dungeons Lords que j'affectionne aussi, c'est dire...). Pourtant, quand on voit le plateau principal, on se demande où se trouve ce thème, tellement il est austère et... uniquement fonctionnel...
Pourtant, le thème est bel et bien là, mais dans les actions des joueurs :
Déposer un de ses jetons sur la case du Royaume de Suède en défaussant une Carte Politique étrangère ? En faisant l'action, on ressent nettement l'impression de voir la délégation diplomatique s'y rendre en notre nom...
Prendre une Carte Personnalité Politique (comme celle de Waclaw z Szamotul, en français on dit Waclaw de Szamotuly... Merci Wikipédia...) ? Mécaniquement c'est un complément de bonus pour les actions.. De l'autre côté, on voit la Personnalité politique faire partie de notre Cour seigneuriale mais attention, ces Personnalités invitées sont aisément corruptible et peuvent facilement se détourner de nous au profit d'un mécène aristocratique plus généreux financièrement...
Que dire de la mécanique de vote au Sejm... Magnifique... Chaque joueur dispose d'un marqueur à sa couleur, sur la piste d'influence des deux chambres constituant le Sejm et frappé du symbole de la chambre concernée (la Coupe pour le Sénat et l’Épée pour le Parlement). Sous chaque case, se trouve un chiffre indiquant le nombre de votes auxquels le joueur a droit au moment de la phase de vote : plus le marqueur d'un joueur est à gauche d'une piste, plus il est influent dans la chambre concerné et plus les membres de cette chambre lui octroieront de votes ! A quoi servent ces votes ? à promulguer des lois... et surtout à attribuer les puissants fauteuils d'offices (charges) sénatoriaux...
Le jeu en lui-même se joue en 4 tours (partie courte) ou 8 tours (partie normale) qui vont relater les faits notables du règne de Sigismond II, dit Auguste... qui donne son nom au jeu. Un tour est découpé en 9 phases qui représentent les trois aspects principaux du jeu (aucun n'est négligeable !!), à savoir la politique intérieure (relations avec le Sejm), la politique étrangère (relations avec les pays voisins) et enfin la guerre privée (relations... entre les joueurs !). A chaque début de tour, une carte dite Sejm indique le décret royal qui sera soumis au vote pour le tour : chacun de ces décrets est un de ces faits notables et historiques réels du règne de Sigismond II. Il est à noter que la phase de Vote au Sejm dispose d'une sous-phase de corruption... Encore une fois, c'est très thématique... Car la phrase de Cicéron, Un homme politique incorruptible est seulement plus cher que les autres, n'a jamais été aussi vraie...
Les points de victoire représentent la satisfaction de Sigismond II à l'égard des actions de mécénat et de politique étrangère réalisées par les joueurs (les pays voisins qui "intéressent" le roi sont les seuls à donner des points de victoire mais seulement au joueur qui a le mieux contribué à ces relations diplomatiques).
Ce jeu est très stratégique car une action, prise indépendamment, n'a que peu de poids (même si ça parait parfois brutal) dans le sens où elle ne décide pas du sort de la partie, mais c'est bien la cohérence de l'ensemble des actions menées qui fait la différence entre les joueurs... De la même manière que travailler à obtenir de bonnes relations diplomatiques avec un pays voisin demande du temps...
Pour contre-balancer tous ces superlatifs, le jeu a aussi ses défauts...
La règle, en anglais, ne couvre que 80% des informations nécessaires pour jouer car c'est parfois confus... Je rapproche clairement Sigismundus Augustus de son illustre collègue, De Vulgari Eloquentia (que j'affectionne aussi), pour son fort aspect historique, son "poids" équivalent et sa pauvre qualité d'écriture des règles ! Mais la profondeur du jeu et sa richesse valent l'effort de s'y intéresser.
La durée de la première partie qui s'approche des 3 heures (sans l'explication...) même pour une partie "courte". Il ne faut PAS se lancer dans une partie en 8 tours pour sa première partie !!
En conclusion, il me reste l'impression de humer cette forte et vieille odeur de cuir de maroquin rouge émanant de la couverture de la boite du jeu (oui, il faut de l'imagination, mais j'en ai...) et la furieuse envie de refaire une partie rapidement (j'en ai déjà sept au compteur).
Manubis.