Alexander the great game
Evidemment, une seule partie ne sert qu'à découvrir le jeu, pas à explorer ses possibilités. On a affaire ici à un vrai jeu de simulation stratégique, quand même plus exigeant qu'un Hannibal par exemple.
La règle est plutôt touffue, mais cohérente à souhait.
La tension entre historicité et jouabilité est vraiment réussie (un GMT, quoi...), et les modificateurs sont nombreux pour mieux coller à l'Histoire, avec succès d'ailleurs. Une fois qu'on a assimilé tout ça, et il faut quand même quelques heures, le jeu tourne comme un moulin, et tout va plus vite.
Le système de jeu par tirage aléatoire du jeton de tour est particulièrement intéressant, très bien trouvé pour correspondre à la réalité, même si certains peuvent trouver frustrant (surtout le Perse) de ne pas jouer pendant deux tours.
Alexander n'est donc pas un authentique "Card Driven", et pourtant on retrouve assez le climat des grands CDG stratégiques, même si le choix des actions n'est pas strictement lié aux cartes qu'on possède. Les cartes Z sont bien pondérées pour apporter aussi bien une vraie dimension historique que du piment, et de l'inattendu, mais elles ne sont pas puissantes au point de déterminer le jeu, ce qui ne donne pas l'impression d'être "livré au destin". Ici, on contrôle l'Histoire comme un vrai stratège, ce qui est je pense l'esprit de cette nouvelle collection très prometteuse.
Le seul problème est qu'on est jamais sûr de la durée du jeu, vu qu'il ne s'arrête que quand Alexandre a rempli ses conditions de victoires (qui sont ardues)...ou alors qu'il meurt de ses blessures (ce qui peut prendre du temps). Si tout se passe bien pour le Grec, on en voit la fin, mais pour peu qu'il rencontre des obstacles en perdant des batailles ou en faisant face à des révoltes en Grèce, ça peut durer très très longtemps.
Cela dit, ce bémol est moins pertinent quand le joueur Alexandre est expérimenté, et même si Darios prend la main, il est toujours possible à Alexandre d'abandonner avant la fin puisqu'il devient évident au bout d'un moment qu'Alexandre n'y arrivera pas.
J'ai trouvé très fort la façon dont le jeu est équilibré, les avantages stratégiques considérables d'Alexandre étant bien compensés sur le plateau par l'immensité de la tâche, la lassitude croissante de ses soldats, et le nombre d'armées presque illimité que Darios peut recruter.
Le joueur Alexandre devra donc finement gérer son potentiel important d'initiative, et le joueur Darios devra réussir à user patiemment Alexandre avant que celui-ci n'ait rempli ses objectifs.