"Et l'Oscar de la meilleure adaptation est attribué à ..."
Trajan est pour ma part l'une des plus grandes et brillantes « felderies » (je crois que vu le niveau de cet auteur et sa créativité foisonnante, je parie que nos chers Immortels se pencheront sur l’ajout de ce mot dans le Larousse dès 2020). Trajan est la felderie qui fait le plus l'unanimité autour de moi et de ma communauté de joueurs (il se bat cependant dans mon petit cœur de joueur avec Bora Bora et Amerigo…).
C’est sans contexte le jeu de Herr Meister Stefan Feld le plus innovant puisque sous un aspect de jeu de gestion classique se cache la mécanique de l’awalé qui m’a déclenché immédiatement sans conteste une nouvelle mécanique cérébrale. Le tour de force de l’auteur provient de la limitations des choix des actions à cause de ces foutus petits grains polygonaux colorés. Il va donc être très important d'anticiper les actions des autres joueurs et ses propres actions pour conduire habilement sa stratégie.
Résumé du jeu :
A son tour, le joueur doit égrener ces pions sur les écuelles d’un plateau personnel à la manière d’un awalé, dans le sens des aiguilles d’une montre. L’écuelle d’arrivée définit le type d’action que le joueur va pouvoir faire (6 actions différentes « très classiques ») :
action Militaire : conquête de l’Europe donnant des PV et des tuiles bonus
action Commerce : collection et vente de cartes marchandises pour obtenir des PV
action Sénat : (un peu comme une piste de 1er joueur), les deux joueurs les plus élevés dans le Sénat
gagnent une tuile bonus à la fin de chaque âge qui leur rapportera des points en fin de partie.
action Forum : prise de tuiles ressources ou d’actions supplémentaires
action Construction : mixe entre conquête et collection (le joueur va tenter de reconstruire une villa romaine pour marquer des PV).
action Trajan : collection de tuiles Trajan qui pourront être débloqués sur son awalé, dès que deux pions d'une couleur définie sont alignés sur la même case.
A noter que le nombre de pions égrenés correspond à l’avancée sur une piste chronologique qui détermine la fin de chaque âge. A chaque tour de roue, on prend connaissance d'une demande du peuple (pain, jeux, religion : comme quoi les besoins des Romains ne sont pas si éloignés de ceux des hommes du XXIème siècle finalement !!). A la fin de quatre tours de roues (c-à-d à la fin d'un âge), chaque joueur doit payer ces trois demandes ou subir des malus assez lourds à encaisser… (on n'est pas empereur pour rien...). A la fin du quatrième âge, on siffle la fin de la récréation et on compte les points.
Les points faibles (s’ils existent) :
l\*\*’univers graphique assez fadasse\*\* (mais une felderie bonne et bien teutonne est une felderie moche d’après la jurisprudence Friese de 2001)
le complexe du « marquage de points de victoires à tout prix ». Trajan est un jeu très calculatoire, basé uniquement sur des PV. L’immersion est absente, il faut bien l'avouer : je conseille plutôt un bon péplum aux adeptes des joutes et autres grandes épopées romaines.
Les points forts (oh qu’ils sont nombreux) :
La mécanique huilée à la perfection avec des mentions spéciales pour l’idée des actions supplémentaires (et des +2) (qui sont particulièrement dur à maîtriser mais indispensables pour gagner avec des joueurs experts) et des tuiles Trajan (aligner les bonnes couleurs au bon endroit sur son awalé pour avoir des bonus supplémentaires). Le timing du tour de jeu est également assez malin et présente une dose d’opportunisme non négligeable.
L’interaction assez présente pour ce type de jeu (c’est pas du gros fight à l’américaine mais se faire chiper sa tuile ou son bâtiment n’est pas forcément l'expérience la plus pacifique que j'ai vécue)
Un bon mix entre stratégie long terme et opportunisme : notamment aux travers des différentes tuiles à collecter et ou des cartes
Une iconographie parfaitement bien maîtrisée, tout est sur le plateau, le recours à la règle est très rare (attention cependant à la mise en place assez longue, les différentes opportunités possibles avec l’Action Commerce et le timer des tours qui reste humain donc faillibles).
Jeu assez dynamique et adapté à toutes les configurations même si certaines stratégies sont plus payantes selon le nombre de joueurs (enfin les différences sont assez ténues). Compter 1h à 2 et environ 2h à 4 quand on maîtrise les règles.
Un jeu assez accessible même à des joueurs semi-novices : j’ai vu certains commentaires assez rudes à propos de la difficulté de ce jeu mais concrètement Trajan est un super jeu de « découverte + » après Carcassonne, Age de Pierre ou Ticket to Ride. On ne gagne que très rarement à sa première partie mais on prend tout de même du plaisir.
L’innovation : enfin un jeu avec un surplus de fraîcheur intellectuelle, c’est malheureusement rare et très cher à mes yeux. En cela, Feld est mon petit chouchou si on devait élire l’auteur allemand le plus prolifique par rapport à Uwe Rosenberg et son complexe de l’autoplagiat depuis Agricola (Caverna = Agricola 2.0, Ora et labora = Agricola 2.1, Route du Verre = Agricola 2.15, Terres D’Arle = Agricola 3.0, enfin vous avez saisi l’idée).
Conclusion :
Laisser vous donc tenter par cette énième felderie (une de mes premières pépites ludiques, découvertes en 2012) et comme dirait ma mamie (je suis déjà au dé bleu) :
« One Feldery a day keeps the gloom away »
Petite Anecdote de traduction :
Les allemands ont le droit de marquer un point en fin de partie avec les tuiles Trajan non débloquées, pas les français, que s'est-il passé lors de la traversée du Rhin : mystère, mystère....