Le cube en bois, la caravane passe
Ah, mais je c'est que je vous vois venir avec vos gros sabots. Vous vous dîtes, "Tiens, un nouvel opus d'Ystari, à coup sûr ils vont encore en dire du bien". Et oui, comme d'hab. What else ? De toute manière, à force, vous devez commencer à être habitués.
Premier faux scoop: c'est un jeu à tendance stratégique avec des cubes de couleur dedans, ce qui bien sûr n’étonne personne. Le second scoop est plus surprenant : on y trouve aussi ces horribles cubes à points dont-on-ne-prononce-pas-le-nom. J'imagine déjà les aléa-lergiques monter sur leurs grands chameaux: et oui, ils ont osé. Mais comme tout ça est cuisiné à la sauce Ystari, on a en tout de même pour ses neurones.
Nous voilà donc devenus de riches marchands perses, chevauchant fièrement des camélidés ruminants, la besace chargée de précieuses marchandises dont il va falloir tirer profit. Et ce n'est pas une mince affaire, car à Yspahan, l'or ne se trouve pas sous le sabot d'un chameau. Les marchandises devront donc être sacrifiées, souquées dans les souks du sac, du vase, du tonneau... pour encaisser les points de victoire tant convoités. Mais il faudra aussi compter sur l'intendant du Shah, petit fillot de notre bon vieux prévot du Tarn et Garonne, sauf que cette fois il est tout seul, le pauvre. Bref, une histoire de shahs et de chameaux.
Si Yspahan est incontestablement le plus léger des Ystari à ce jour, il n'en demeure pas mois astucieux et prenant. Le jeu est basé sur un système de tour à dés très original, qui a le mérite d’être équilibré car il laisse toujours des alternatives pour lisser le hasard (plutôt que de récupérer un dé tout pourri, il est toujours possible de récupérer une carte ou de corrompre le prév... euh! l'autre, là, ) de sorte que tout le monde y trouve généralement son compte. Les stratégies victorieuses sont multiples: approvisionnement massif des souks, constructions, caravane… Les deux premières sont plus évidentes lors des premières parties, car il est difficile de réussir en montant seul à la caravane, mais à l'inverse si vous êtes le seul à ne pas vous y ruer ça sent plutôt le roussi pour vous. Mais bon, après tout, la stratégie, vous verrez bien ça par vous-même, et vous comprendrez qu'Yspahan nécessite aussi une bonne dose d'opportunisme.
Côté matériel, Ystari reste toujours à chameau sur ses principes: de beaux plateaux pastels ornés de pictogrammes synthétiques, des cubes de couleur, des cubes de points, de solides piécettes, des sachets en plastique toujours bienvenus, et, comble du raffinement, de mignons petits camélidés en bois des îles. Vous hériterez même d'un magnifique pion noir premier joueur, parfaitement inutile au demeurant, mais qui pourra être du plus bel effet perché sur une cheminée.
Mon seul léger regret vient du fait que parfois, un coup de dé magistral (du genre remplissage en un coup du quartier du vase, ou récolte de chameaux à la pelle) peut se révéler décisif. Mais il faut dire que j'ai tendance à jouer avec des adversaires qui s'amusent à défier les lois de la probabilité : ça m'apprendra, après tout. Et vu la durée d’une partie, tout cela n’est après tout pas bien grave.
Bref encore une fois, Ystari a misé sur le bon chameau. Bravo à eux, et vivement le prochain jeu !