La prisonnière du hasard ?
Un jeu simple, efficace, et qui tient sans problème dans la durée annoncée. C'est quand même un bon point de départ.
La profusion de dés pourrait faire croire à un pur jeu de hasard, mais en fait ce n'est pas exactement ça.
Le hasard existe, mais il est plus basé dans la mécanique propre du jeu : les joueurs 3 et 4 dans l'ordre du tour sont clairement pénalisés et, de par l'effet d'"accumulation" propre à tous les jeux de gestion, il vaut mieux ne pas avoir ces positions là au départ : les meilleurs coups se jouent là. Du coup, deux solutions : soit vous êtes le plus vieux (et vous commencez n°1), soit vous vous placez à la gauche de l'aîné (et vous commencez n°2).
C'est évidemment un peu caricatural mais, dans une partie "statistiquement normale", tout handicap de départ peut être très difficile à surmonter. Et si , par malheur, vous avez la malchance de vous récupérer, en tant que joueur n°4, des étages vides deux fois dans le jeu, il ne vous reste que les yeux pour pleurer, et les mains pour ramer.
Au-delà de ces petites remarques, il me semble que Yspahan reste un bon jeu et, malgré de nombreux avis en ce sens, je ne crois pas qu'il favorise l'opportunisme. Au contraire, le système me semble n'être équilibré que si on tient sa stratégie jusqu'au bout... puisqu'au final, il n'y a que trois manières de gagner :
soit miser sur les quartiers (et on sait par avance qu'on ne pourra remplir efficacment que 2 tours sur 4)...,
soit miser sur la caravane (auquel cas il faut se positionner rapidos sur les quartier à l'intersection et faire turbiner l'intendant), auquel cas il faut savamment équilibrer entre quartiers et or...
soit miser sur les constructions, les PV et les bonus qu'elles apporteront inévitablement puisqu'on sera obligés, de temps à autres, de mettre des ressources dans les quartiers et d'envoyer à la caravane... et dans ce cas, il faut faire systématiquement le plein d'or et de chameau ( cette dernière stratégie me semble, de toutes, la plus délicate)
L'opportunisme consistera à naviguer à vue entre les trois optiques, et il me paraît évident que, du coup, le résultat final devient parfaitement aléatoire.
En revanche, tenir sa stratégie et adapter, en cas de malchance ponctuelle, sa tactique tout en gardant le cap, me semble plus intéressante.
Comme un autre joueur l'a dit, on peut également déplorer que la partie ne dure que 21 tours : les possibilités ne s'ouvrant vraiment qu'à partir de la 3ème semaine, le jeu nous laisse toujours un peu sur notre faim.
La note de 7 est un peu sévère, mais par comparaison à d'autres (Les Aventuriers du Rail, Citadelles, Les Chevaliers de la Table Ronde), il me semble que Yspahan manque un peu de dimension ludique.
Edit : après une dizaine de parties supplémentaires, je relève ma note car le jeu a beaucoup plu, à des publics très divers. Malgré la place que le hasard conserve, notamment dans le début de partie, et pour peu qu'on abandonne toute velléité stratégique, on prend pas mal de plaisir à ce jeu, d'autant que les parties sont courtes.