Coquillage et tatouage sont les mamelles de Bora Bora
Bora Bora Bora Booora
Tu ne râleras plus pour un dé
Bora Bora Bora Booora
Car les Dieux vont venir t’aider
Bora Bora est un jeu du célèbre Stefan Feld qui a réussi encore une fois à sublimer son talent d’auteur. C’est un jeu exigeant pour 2 à 4 joueurs confirmés pour des durées de partie de l’ordre de 90 à 120 minutes. Joueurs novices s’abstenir mais fan de Feld ou désireux de découvrir un jeu plus corsé, vous ne pouvez pas passer à côté de cette perle feldienne (qui est dans mon panthéon ludique tout autant que Trajan et Amerigo).
Il faut l’avouer, c’est un jeu costaud qui nécessite 30 min d’explications si l’on veut être exhaustif (il demande un certain investissement mais l’on se rend compte bien vite que les actions multiples sont simples, il est juste assez difficile de TOUS les assimiler dès la première partie.)
Déroulement du jeu :
Le jeu est divisé en 6 grands tours de jeu, comportant trois phases :
une phase de pose de dé et résolution d'actions (assimilable à une pose d'ouvriers) : chaque joueur dispose de 3 dés qu’il lance en début de phase. Chacun son tour, les joueurs posent alternativement l’un de ses dés sur une plaquette d’action puis réalisent l’action correspondantes immédiatement. C'est la phase principale de ce jeu.
une phase de travail des hommes et des femmes de sa tribu que l'on a recruté lors de la phase d'actions
une phase de fin de tour où l’on définit en premier lieu le nouvel ordre du tour. Ensuite dans ce nouvel ordre, chaque joueur peut fabriquer un collier avec ses coquillages, réaliser ou défausser un objectif puis choisir un nouvel objectif
En fin de partie, après un ultime décompte, celui qui a le plus de PV qui gagne. C’est classique mais efficace.
Thème et matériel :
Comme dans tout bon Feld, inutile de chercher une grande immersion dans le jeu. Cependant, Alea a fait un effort au niveau du matériel car l’ambiance polynésienne est très bien retranscrite tant sur le plateau centrale que sur les plateaux individuelles (huttes, tatouages, collier, illustrations des différents dieux...). Les couleurs chatoyantes de Bora Bora sont très engageantes contrairement aux couleurs ternes des Châteaux de Bourgogne, ça fait du bien aux yeux !!!
De plus l'ergonomie est au rendez-vous : tout se lit facilement et se prend en main très rapidement. Mon unique reproche concerne le plateau individuel qui est trop chargé : les pouvoirs des différents hommes/femmes encombrent inutilement ce petit plateau, porteur de beaucoup d'informations plus pertinentes, un peu noyés dans la masse (pouvoir des dieux, bonus feu...).
Stratégie et mécanisme :
Un must have de programmation et de gestion… tout cela avec des dés. Comme tous les jeux de cet auteur, l’intérêt et le point fort de Bora Bora provient plus du mécanisme de choix d’actions que de la façon de marquer des points.
Ici, l’auteur a développé un mécanisme innovant de choix d’actions en utilisant des dés comme ouvriers avec une idée forte :
La valeur du dé définit la force de l’action (un 6 ayant une action beaucoup plus forte qu’un 1) mais influe également sur la disponibilité de l’action. En effet, si un dé est placé sur une action, un autre joueur ne peut venir sur la même action qu'avec un dé de valeur inférieur. On se rend compte bien vite de l’effet pervers de la mécanique : si on place un 1 sur une action, le pouvoir de l’action sera faible mais les autres joueurs ne pourront plus la choisir.
Cette mécanique, touché du doigt par Sébastien Dujardin dans la Venise du Nord a été repris, intégré et magnifiquement épuré par Herr Feld. De plus, l’auteur a réussi à gérer le côté aléatoire des dés en incorporant habilement un système de Dieux. Cette gestion de dé, déjà présente dans les Châteaux de Bourgogne, est ici encore un peu plus ciselé et offre des choix cornéliens.
Ensuite, il a habillé ce mécanisme avec une grande élégance avec des systèmes classiques et archi-connus :
Exploration des îles avec ces huttes,
Construction de maisons (avec une prime aux constructions rapides comme Amerigo ou les Châteaux de Bourgogne, cette ficelle me bluffe à chaque fois).
Gestion de ressources (coquillages, offrandes, tuiles Dieu)
Gestion de main (avec les cartes Dieu)
Système de majorité calqué sur le temple d’Amyitis que j’ai eu le plaisir de redécouvrir
Gestion d’objectif : le point du gameplay qui m’a le plus enchanté
En effet, à chaque tour, chaque joueur va devoir remplir un objectif parmi trois qu’il a devant lui pour marquer des points ou en défausser un et renoncer aux PV. Ne nous le cachons pas, réaliser tous les objectifs qui nous sont assignés reste crucial pour gagner la partie. Ceci peut s’avérer extrêmement difficile mais contrairement à Trajan ou Tzolk’in ou tout autre jeu qui demande de payer une ressource à la fin d’une phase, on ressent une frustration positive : un challenge haletant.
Ne pas réussir son objectif est ressenti comme une faute personnelle. Fini les plaintes sur les demandes (parfois fantaisistes) de fin de tour, on ne peut que s’en prendre à soi-même. De plus, il est intéressant de noter que la plupart des objectifs ont une logique commune. Du coup, on peut se rendre compte avec un peu de pratique que lorsque l’on réalise un objectif, on en prépare un deuxième voire un troisième.
Certains objectifs semblent impossibles de premier abord mais il n'en est rien si on se creuse les méninges assez profondément tellement il y’a de libertés, de leviers d’actions, de passe–trappes, de chemins de Traverse pour gérer la frustration. C’est ce que je préfère pardessus tout dans ce type de jeu : Bora Bora appelle à notre créativité ludique de joueur.
Finalement, il est bon de dire que l\*\*’ordre du tour est un élément ESSENTIEL du jeu\*\*. En effet, il influe assez conséquemment sur le tour de pose des dés mais encore plus sur la fin de tour lors de la fabrication des colliers et SURTOUT lors de la prise des objectifs. Le système de jeu facilite énormément le changement de premier joueur (il est beaucoup plus facile de devenir premier joueur que d’y rester notamment avec nos prêtres/dévôts). Il est à noter qu’il peut être parfois TRES intéressant d’être dernier joueur (pour les plus fourbes d’entre nous !!).
Les points forts :
Du pur jeu à l’allemande, calculatoire, frustrant, rempli de challenge et d'exigence
Un jeu exigeant mais pas trop alambiqué contrairement à ce que l’on peut penser après avoir subi les 30 min d’explications. OK Bora Bora a le syndrome de l’opulence, il y’a beaucoup de choix.... mais toutes les actions sont limpides et s'enchaînent merveilleusement bien.
Un aspect graphique pile poil où je l’attends : il accompagne habilement le jeu avec efficacité et sans fioriture
La mécanique de dé, épuré, malin et très profond
La construction d’une logique lors de la réalisation de ces objectifs
La dose d’opportunisme et l’interaction entre les joueurs (subtile mais bien présente)
Le besoin de s’adapter constamment en cours de partie
L'appel à la créativité du joueur qui peut explorer à loisir les différentes stratégies
Les points faibles :
Mmmmmmhhh... je cherche enfin si le manque d'une TTtv sur ce jeu...peut-être
Conclusion :
Du beau, du bon, du grand Feld. Un mécanisme de choix d’action innovant et inventif, des choix omniprésents,…. Un 10/10 évident.
A découvrir, redécouvrir, encore et encore moi j'en redemande...
Monsieur Feld, je vous aime !! Ich liebe Sie Herr Feld (enfin ludiquement parlant bien sûr)