Gare aux Bulga-a-a-a-reux
Type de jeu : Un jeu anglo-allemand, wallacien, quoi.
Nombre de parties jouées : 8
Avis compendieux : Un bon jeu bien ficelé, comme souvent (toujours ?) avec M. Wallace, où on allie le fameux procédé de frustration du manque d’actions possibles à réaliser typique des jeux de l’école allemande au souffle épique des jeux anglo-saxons. On est loin du jeu de conquête pur et dur, on doit gérer des cubes, des sous, essayer d’être plus finauds que les autres sur le placement et le déplacement de ses armées, les prendre de vitesse, prendre les actions spéciales qui leur seraient utiles, oui mais voilà bien évidemment, ils ne se laissent pas faire si facilement les autres comme de bien entendu, hop, ils vous passent devant avec leur armée, ce qui vous oblige à plus vous déplacer, alors que vous étiez en train de faire la cour au Calife…
Clarté des règles (3) : Martin Wallace n’est pas connu pour la limpidité de ses règles, mais elles se laissent comprendre. Il y a une petite coquille dans la traduction (à propos du coût des déplacements, il s’agit bien de payer les déplacements supplémentaires en cubes et non en argent). Ce qui est dur à expliquer et à faire retenir aux gens est les différentes actions possibles car il y en a un nombre relativement élevé. Mais le plateau aide à en visualiser pas mal, et il ne faut pas hésiter à photocopier la séquence de jeu de la fin des règles pour les donner aux joueurs.
Qualité du matériel (4) : Quand on voit Age of Steam à côté, on se dit que Byzantium est très beau (même si des gens arrivent à dire que le premier est beau). Et ce n’est pas faux : les plateaux individuels à la Puerto Rico et autres sont joliment décorés tout en n’oubliant pas le côté fonctionnel, le plateau est lui-même assez agréable, avec des couleurs douces (oui, la douceur, dans un monde en guerre, c’est bien) et des dessins naïfs (naïf, pour un dessin, c’est pas une injure), les petits cubes, bon, ce sont de très jolis petits cubes, en bois et tout, bien cubiques et tout, le seul truc, ce sont les habituelles pièces de Warfrog en plastoque moche et qui ont la désagréable manie de se ficher entre le gras du doigt et l’ongle, là où ça fait mal, quand on essaie de les attraper, et les rondelles qu’on met sur les villes qui sont incompréhensiblement plus hautes que sur les illustrations des règles et qui font qu’on se retrouve avec des piles de ville très hautes et quelque peu branlantes (j’ai joué avec des jetons plus fin qu’un joueur avait achetés, on distinguait très bien les villes de taille 1, 2 ou 3 et ça rendait mieux). D’aucuns trouvent que l’illustration de la boîte fait très « bollywood », voire pizzta (ou quitch, je ne sais plus).
Reflet du thème (4) : Je ne connais pas du tout la période à mon grand regret car cela a l’air bien intéressant. C’est un jeu de conquête très original par son mécanisme (puisque tous les joueurs contrôlent tous les partis en puissance) qui fait bien ressentir le choc sarisses sur les rondaches (euh, c’est complètement anachronique, ça), mais surtout la difficulté de lever des armées puissantes, de les entretenir, de les mener au combats, d’éviter celles qui sont plus puissantes, d’éviter leur épuisement trop rapide, voire de choisir de les sacrifier pour ne pas avoir à les entretenir. Mais, par rapport aux jeux de type card-driven par exemple, il manque des éléments de jeux qui évoquent de vrais événements historiques et tout, et qui donneraient le souffle historique en plus du souffle épique.
Avis comportant ratiocinations et autres superfétations : Ah, alors, ces fameux Bulgares, qu’il y en a un qui croit que c’est un bug. C’est le sel du jeu, le trait de génie de l’auteur, mais c’est difficile à maîtriser. J’ai eu une partie où une joueuse a dit : « Ah, tiens, et si j’attaquais Adrianople avec les Bulgares ? » ; « Mais non pauvre folle qu’on lui dit, si tu fais ça, le joueur suivant peut attaquer Constantinople et gagner » ; « Ah ? Bon, mais je veux voir ». Et paf, ce qui devait arriver arriva, quelques secondes plus tard, la partie était terminée. Ca vous gâche des parties, ce genre de choses, m’enfin bon. A part ça, qu’avons-nous ? Un jeu où l’on engrange des points facilement au début en prenant le contrôle de villes, tout en prévoyant l’avenir puisque les villes rapportent des sous ; au bout d’un moment, on se dit qu’il est grand temps de se battre, et ce sont souvent les Arabes qui s’y mettent, et on voit une vague blanche (les villes arabes sont blanches) déferler sur l’empire perse dont tout le monde se fout éperdument et qui sert de défouloir aux velléités belliqueuses des différents joueurs. Puis vient le temps de l’empoignade entre les forces arabes et byzantines, parfois cela tourne à l’avantage des Arabes plus puissants au début, s’ils sont bien gérés, parfois à l’avantage des Byzantins, beaucoup plus riches au début. Ceci est évidemment une façon possible de déroulement des événements, je ne doute pas une minute que d’autres joueurs aient pu voir des évolutions assez différentes. Il faut en cours de partie tenter de conserver ses villes byzantines, pour conserver ses revenus et avoir des points à la fin, développer ses Arabes pour leur donner une manne financière et leur permettre de prendre des points, bref, jouer sur les deux tableaux, car il ne faut pas oublier qu’un trop fort développement byzantin par rapport au développement arabe serait préjudiciable. A côté de cela, tout un tas de petits mécanismes annexes qui ont cela dit une importance certaine et qui pimentent bien le jeu tout en lui donnant son lustre historique. Ca bouge, c’est dynamique, il y a des combats, du sang, des larmes, de la gestion, des coups tordus, des alliances, bref, que du bon, et gare aux Bulgares…