Quintessence de la pose de meeples non-expert!
Je précise d'emblée que je parle bien de l'ancienne version d'Egizia.
Il s'agit d'un jeu de pose d'ouvriers on-ne-peut-plus classique, qui se déroule dans l'Egypte antique: nos petits bateaux sont déposées sur les rives du Nil pour obtenir des bonus ou construire des édifices, et puis... c'est tout! Tout-au-plus pourrait-on noter une vague originalité dans le fait de devoir suivre le courant du fleuve (impossible de remonter en arrière).
C'est donc via un certain classicisme que la grande qualité du jeu va s'exprimer -il date quand même de 2009 et appartient de toute façon encore à l'époque classique du genre. On est bien, malgré le manque d'originalité, sur du très très haut niveau, un emboîtement de mécanismes harmonieux, profond et gratifiant, comme une version nettement améliorée de l'Age de pierre. Si vous ne deviez posséder qu'une poignée de jeux de pose de meeple non-experts, ce véritable écrin du genre pourrait sans problème en faire partie!
Comme pour l'Age de Pierre, la collection des cartes de fin de partie (ici Sphinx) peut s'avérer trop rentable et mettre des joueurs de mauvaise humeur au moment du décompte. Il existe plusieurs règles maison pour contrer cet excès, par exemple le fait de limiter en permanence le nombre de cartes sphinx possédées à la puissance de notre équipe de construction la plus faible: cela va nécessairement ralentir la course aux cartes et la rendre plus raisonnable. On peut aussi être plus permissif et appliquer cette limite uniquement au moment du décompte, mais des calculs ennuyeux s'ensuivent alors pour déterminer quelles cartes conserver!
D'autre part, les joueurs réguliers suppriment souvent la carte Sphinx qui récompense simplement les points de victoire: elle a un effet win-to-win un peu idiot et évitable.
A noter qu'à deux joueurs, on fait à peu près tout ce qu'on veut et le jeu semble alors très différent, sans aucune tension, pas désagréable mais un peu mou. Pour un jeu de pose de meeple avec majorités, il s'en sort néanmoins pas mal à deux, mais il ne prend sa vraie saveur qu'à 3 et encore plus à 4.
Remarque: Il se trouve que j'ai joué dans la même soirée à Alma Mater, un autre jeu beaucoup plus récent de la même équipe d'italiens, et ce nouveau jeu a fait bien pâle figure en comparaison avec l'ancêtre! Il nous semblé extrêmement peu gratifiant, calculateur et purement mécanique par rapport à l'élégance intuitive d'Egizia. Evidemment, Alma Mater n'a absolument rien à voir et s'avère surtout beaucoup plus complexe, mais on se sent tout de même un net niveau ludique en dessous, tombant en plein dans la catégorie "ok games" très répandue dans les jeux experts, donnant l'impression de multiplier les sources de PV point sans guerre rajouter de sens ou de plaisir.