Inispéré !
Inis est un jeu qui mêle draft et contrôle de territoire à la perfection.
Certains prétendent que le jeu est imprévisible et chaotique : soyons clair, si vous n'aimez pas qu'un autre joueur vienne foutre vos plans en l'air, vous forçant à adapter votre stratégie, vous n'aimerez pas Inis.
D'un autre côté, dans ce cas pourquoi jouer à un jeu à forte interaction où on se bat pour le contrôle des mêmes territoires ? Surtout qu'il y a moins de 20 cartes d'action de base, donc on les connaît rapidement. Les combos ne sortant pas de nul part.
Bon vous, vous aimez l’interaction, vous aimez élaborer des plans machiavéliques, éructer de jouissance quand ils s'exécutent à la perfection, et jurer revanche quand ils foirent (mais c'est de votre faute, fallait un meilleur plan !).
Le cœur du jeu, c'est le draft : je prends ce qui m'arrange, le laisse le reste au voisin, et on recommence, jusqu'à avoir une main plus ou moins potable, et on essaie de faire au mieux. Surtout, mieux que les autres. Et ces cartes sont très très précieuses : à la fois vos actions et vos ressources pour le tour.
Là où le chaos n'est pas présent, c'est qu'on connaît toutes les cartes en jeu : on sait exactement de quoi nos adversaires sont capables. On ne sait pas précisément qui ou quand, mais on peut le deviner.
Autre point très important : on peut "passer" son tour, mais rejouer ensuite. Ce qui permet de prendre des risques, car si tout le monde passe on perd le reste de nos cartes (donc de nos actions pour le tour, bonjour la main de merde au tour suivant), mais si ça passe on laisse les autres "gâcher" leurs cartes, et on peut enchaîner tranquille son combo sans que les autres puissent réagir.
Il y a donc une espèce d'aspect bluff/dissimulation/tromperie, qui pousse à être suffisamment rusé pour jouer ses meilleurs coups au meilleur moment, et à inciter les autres à faire n'importe quoi. On se place en douce sur le plateau, et le piège se referme... Le problème c'est que tout le monde essaie de faire pareil !
Inis n'est PAS un jeu de combat. D'ailleurs, le combat ressemble plus à un exercice sado-maso, où le consentement est de mise. "- Tu veux perdre des cartes ? - Euh non. - Tu veux perdre des hommes ? - Euh non. - Bon alors tu me laisses planter ma tante dans ton jardin, on est que 2 : moi et ma tribu. - Euh bah ok, peace." Hélas, parfois il faudra se faire violence... Moi ça me plaît la violence.
Les cartes épiques, les cartes rouges, sont plus difficiles à avoir, et puissantes, que les cartes classiques, mais en général assez spécifiques, ce qui oblige à des stratégies parfois originales et rend ces cartes plutôt équilibrées. Avec les cartes récupérées sur les territoires qu'on contrôle (il faudra faire plusieurs parties pour tous les voir), le jeu offre une bonne rejouabilité, en plus d'une certaine finesse qui se découvre au fil des parties.
Inis est aussi un jeu de placement, où il faudra garder un œil sur tout le monde si vous ne voulez pas qu'un adversaire remplisse une des trois conditions de victoire en douce. Il ne s'agit pas seulement de "contrôler" un territoire avec vos troupes, en fait vous pouvez même gagner sans être majoritaire (ou "chef"), nul part, mais en étant au bon endroit au bon moment.
Il reste plein de choses à dire, notamment sur ces conditions de victoire originales, qui permettent aux moins forts de revenir dans la partie sur un bon coup (1 mec sur un territoire qui contient 6 sanctuaires gracieusement construits par les autres et BAM !).
Et que dire de la direction artistique exceptionnelle : j'achète une 2e copie pour encadrer les cartes ?
Bref, ce jeu est comme mon Inis : profond et subtil.