Enfin, un peu de cruauté dans un monde de brutes !
Moai est un jeu original et exigeant.
Sur Rapa Nui, le joueur commence sa partie à la tête d’un clan de neuf membres dont certains sont plus travailleurs que d’autres (pions de valeur 1 à 3).
L’île n’a pas encore été découverte par les européens et le jeu prendra fin à l’arrivée de l’Amiral Roggeveen.
La durée de jeu couvre donc la période précédent l’accostage durant laquelle ont été érigées des statues de pierre colossales, mais où la population, probablement décimée par les famines et les luttes claniques, a épuisé les ressources naturelles de l’île.
L’originalité du jeu est là :
Il s’agit d’un jeu de gestion de ressources avec des mécanismes de majorité, de bluff et d’enchères mais où les ressources au lieu de se développer vont aller en se contractant au fur et à mesure des 3 phases de la partie.
Au cours de la première phase, les ressources sont abondantes et l’on entend encore les oiseaux chanter.
Dès la seconde phase, les oiseaux se taisent et les désastres s’abattent sur l’île jusqu’à la troisième phase où les oiseaux auront définitivement disparu.
Il faudra donc gérer finement la pénurie, les destructions et les disparitions inéluctables.
Là, réside également son exigence :
Chaque chef de clan devra arbitrer au mieux :
-la survie des membres et leur répartition au travail (culture, pêche, coupe de bois, édification des Moais)
-la grandeur de son clan, représentée par le nombre et la taille des imposantes statues de pierre.
Car, au moment du décompte final, les statues peuvent valoir de 4 à 10 points, mais chaque ressource de bois vaut 2 et chaque membre survivant vaut 1 point.
Je n’ai joué qu’une partie à 5, mais elle a été mise en place par Adrian Dinu lui-même : il nous a éclairé d’emblée sur l’importance de certains détails et la dimension diplomatique du jeu.
Des effets violents appliqués à un adversaire provoquent quasi mécaniquement une réaction non moins violente de sa part, entraînant un jeu à somme nulle dont seuls les autres profiteront.
Certains arbitrages vont être effectués, à sa convenance, par l’Homme-Oiseau (le premier joueur) : il conviendra donc de le convaincre.
De fait, le jeu nécessite plusieurs parties de prise en main pour en apprécier tout le sel, mais il en vaut la peine.
Attention tout de même :
Par sa proximité avec le thème, le jeu installe une atmosphère très tendue.
Certaines options de survie comme le cannibalisme ne sont pas « politiquement correctes » et les phases qui se succèdent jusqu’à l’arrivée des bateaux européens sont de plus en plus mortifères.
Il est également recommandé de ne jouer qu’avec des personnes sachant prendre le recul nécessaire par rapport au jeu car les destructions sont appliquées par un joueur à un autre joueur. Toutefois certains éléments de variante permettent de tempérer cette agressivité intrinsèque.
Ah, encore une chose ! C’est vrai, le plateau est très austère et le matériel pas très immersif, mais franchement, on l’oublie vite en jouant, tant le jeu est prenant.