New York Kings, Let’s go to the matresses
Autant vous le dire tout de suite, New York Kings n’est pas un jeu pour les Bisounours, les Teletubbies ou autres Mahatmas Gandhi en herbe. Ici, c’est plutôt le côté Tony Montana ou Henry Hill de votre cerveau qui va être mis à contribution. Les joueurs vont en effet incarner un affranchi d’une des cinq grandes familles de la pègre italienne.
Le décor: le soleil est en train de se coucher sur la Big Apple. Nos affranchis sirotent tranquillement un whiskey pur malt (ou un diabolo menthe) accoudés au zinc de leur bar favori après une dure journée de racket, quand arrive un sms: le parrain de la mafia, Vito Gambini, vient de passer l’arme à gauche. Un nouveau leader doit être désigné.
Pour éviter les effusions de sang inutiles, les Cinq familles ont décidé de lancer un défi aux candidats à la succession. Le deal est simple. Des missions leurs seront envoyées durant la nuit à venir, chacune récompensée en bons vieux Benjamin Franklin.
Au lever du soleil, l’affranchi qui aura amassé le plus gros pactole en billets verts sera la nouvelle grande figure de la mafia new-yorkaise.
L’ambiance est posée…
Vous commencerez donc la partie avec votre affranchi dans un quartier de New-York, et vous commencerez seul. Comme il est très justement dit dans la règle numéro 1 du manuel du parfait petit mafieux: « Un affranchi seul est un affranchi mort ». Il va donc falloir commencer par vous constituer une bande, un groupe d’hommes (ou de femmes) de mains qui seront à votre service durant cette nuit qui s’annonce pour le moins mouvementée.
Tous les personnages que vous allez pouvoir recruter sont représentés sous forme de cartes de poker qui possèdent chacune une couleur (carreau, coeur, pique, trèfle) et une valeur faciale allant du 9 jusqu’au Roi; nos affranchis étant les As du jeu. (forcément)
Recruter des personnages forts (donc ayant une valeur faciale élevée) vous permet d’être plus efficace dans les affrontements avec la police ou les autres affranchis, mais recruter des personnages d’une même couleur (donc ayant une valeur faciale plus faible) vous permet de recevoir plus de cartes ressources à chaque tour; cartes ressources qui peuvent se révéler très utiles. (améliorer vos déplacements, faciliter les sorties de prison, pourrir l’action d’un adversaire…)
Il faudra donc faire un choix, d’autant plus que votre petit groupe de joyeux drilles ne pourra pas être constitué de plus de cinq malfrats en comptant votre affranchi. Il sera cependant toujours possible de donner congé sans indemnités à une de vos recrues avec un peu de plomb pour cadeau d’au revoir et libérer un poste. Le licenciement rêvé de tout patron en somme.
Une fois votre entourage constitué (ou en tout cas suffisamment nombreux pour rouler dans les rues de New-York sans risquer « l’accident bête »), vous pourrez alors vous occuper de réaliser des missions; parce que ça reste quand même la principale source de revenus du jeu.
Les missions sont au nombre de 24, et constituent le chrono du jeu.
En effet, une carte signifiant le rassemblement des Cinq familles, et donc la fin de partie, sera mélangée parmi les cinq dernières cartes du paquet de missions. A chaque fois qu’une mission est acceptée et à la fin de chaque tour, une carte est remplacée par une nouvelle de manière à ce qu’il y en ai toujours trois missions de disponibles en permanence sur le plateau.
Les missions vont de la simple livraison urgente de viagra, mission non dangereuse qui peut être réalisée seul, mais qui ne paye « que » 4 000$, jusqu’à des missions beaucoup plus risquées, qui nécessitent deux personnages et qui demandent d’emmener un témoin gênant pour une partie de pêche improvisée au fond de l’Hudson par exemple; missions qui peuvent ramener la coquette somme de 12 000$ tout de même.
Lorsqu’une nouvelle mission apparait sur le plateau, les quartiers dans lesquels cette mission doit être acceptée puis accomplie sont tirés au hasard. Ceci renouvelle les missions d’une partie à l’autre, d’autant plus que certaines missions ne vous annoncent pas d’emblée où celles-ci vont se terminer; il faut d’abord les accepter, puis tirer la destination au hasard ce qui est susceptible de vous obliger à traverser la ville entière avec un macchabé dans le coffre ou une roue de secours pleine de shnouf. Embarrassant. Surtout si la police vous tombe dessus. (« Ma qué ! Je vous jure je croyais qué c’était de la farine pour les gnocchis dé la Mamma ! »)
Vous pourrez alors choisir d’abandonner votre mission et de vous rendre en prison (Ne passez pas par la case départ. Ne touchez pas 20 000 francs) ou de résister à l’interpellation au risque de vous prendre une balle.
Les forces de l’ordre justement, parlons-en.
On pourrait croire que les « New York’s finest » vont jouer les empêcheurs de mafioser en rond, et parasiter tous les joueurs indistinctement.
C’est mal connaitre les rouages de la police (…) qui en réalité va travailler pour le plus offrant de nos affranchis.
En effet, chaque tour de jeu va commencer par une phase de « Corruption » durant laquelle les joueurs vont proposer simultanément une somme au commissaire divisionnaire pour s’attirer ses faveurs. Accessoirement, cette phase va aussi déterminer qui sera le premier joueur pour ce tour.
Une fois les sommes investies révélées, le plus offrant pourra déplacer la police comme bon lui semble pour l’envoyer, par exemple, procéder à une fouille au corps minutieuse de son adversaire direct qui, comme de par hasard, était en pleine mission à risque. (Mouahahah !)
En revanche, toute somme investie dans la phase de Corruption est perdue, que l’on remporte la phase ou pas, d’où la présence de billets marqués de valeur zéro, pour ceux que le contrôle de la police n’intéresse pas ou qui seraient trop fauchés pour miser.
Dernière composante du jeu, et pas des moindres, les affrontements.
Ceux-ci peuvent être déclenchés en cas de rencontre entre la police et un groupe de mafieux en train d’accomplir une mission à risque, ou en cas de provocation par un autre affranchi.
C’est lors de ces affrontements que mes grands amis les dés vont faire leur entrée.
Le mécanisme de résolution est simple puisqu’il repose sur les combinaisons du jeu de poker.
Comme décrit précédemment, chaque personnage possède une valeur (de 9 à As pour les affranchis, la police étant des Valets). Le but va être de constituer la plus forte main de poker avec cinq valeurs en combinant le résultat du jet de dés avec les forces de nos personnages impliqués.
Dès lors, se balader avec deux personnages de valeur Roi par exemple, vous met en position favorable puisque vous possédez une paire forte avant même d’avoir lancé le moindre dé.
Les affrontements avec les autres joueurs sont résolus sur le mode d’un heads-up de poker où chacun va alimenter un pot de départ avec 2 000$, puis lancer trois dés.
Chacun évalue alors sa force et peut abandonner l’affrontement moyennant le payement de 2 000$ supplémentaires, ou choisir de rester dans l’affrontement, payer 1 000$ et jeter un quatrième dé. De même, après le jet du quatrième dé, chacun pourra se coucher ou poursuivre en allongeant la monnaie.
En revanche, si on en arrive à jeter le cinquième et dernier dé, la fusillade éclate !Le vainqueur remporte alors le pot (8 000$ pour les affranchis lents de la calculette) et inflige une perte dans les rangs ennemis.
Si seul votre affranchi était impliqué dans l’affrontement et que vous perdez, c’est tout simplement Game Over (sans « Continue »). D’où l’intérêt de ne jamais le laisser seul.
Le portage de ce mécanisme de poker est très bien pensé car il permet de contrôler un minimum le rapport de force avant d’entrer dans un affrontement, mais laisse la possibilité de retournements de situation de dernière minute où le plus faible prend le meilleur sur celui qui avait la meilleure main de départ. (et c’est parfois aussi moche qu’au poker, je vous le garantis)
Vous l’aurez compris, ce jeu nous a plu. Beaucoup même.
Alors effectivement, le jeu est méchant. Nous sommes dans de la compétition pure et dure où chaque faveur peut (et doit) se monnayer, où chaque personnage livré à lui-même est susceptible d’être racketté sans vergogne, où la collusion contre le plus fortuné sera de mise.
Mais l’ambiance tendue et la sensation de course à l’argent sont très bien rendues.On va chercher à se jeter sur les missions rentables avant les autres, à ralentir ses adversaires, à optimiser ses cartes ressources, à créer le différentiel en provoquant des affrontements…
Au final l’ambiance est bonne et on passe un très bon moment avec ses amis. C’est là l’essentiel non ?