Ah, mais yé n’ai pas dé woitoure
Type de jeu : Où l’on peut se faire battre par sa nièce de six ans
Nombre de parties jouées : 6
Avis compendieux :
San Marco fait partie de ces jeux que je trouve bons, basés sur des bonnes idées (en l’occurrence, le principe du partage du gâteau) mais sans pour autant que je puisse y accrocher vraiment. Et je ne saurai trop dire pourquoi. Les cartes exil qui sont à double tranchant ? Parce qu’elles peuvent chambouler le court d’une partie ou avoir l’effet d’un pétard mouillé sur un coup de dé ? Ce principe du partage du gâteau qui est trop complexe à gérer pour ma petite tête ? Le fait que je sois incapable, quand je fais le partage, de lire efficacement ce que pourrait avoir intérêt à choisir l’adversaire qui doit choisir de façon à lui faire un cadeau empoisonné en étant sûr d’avoir ce que je veux moi-même, ce qui fait que, bien souvent, je tâche de faire des lots à peu près équilibrés, bêtement (ce qui n’est pas toujours chose aisée) ? Le fait que ma nièce de six ans nous ait battu (mon beau-frère était de la partie alors déjà, ça me rassure) ? Allez savoir. C’est comme pour le café, je n’aime pas en boire, alors que je trouve l’idée bonne. Bref, j'exprime un peu les mêmes angoisses que M. JJL.
Clarté des règles (5) : De mémoire, la lecture de règles de San Marco ne pose pas de problème particulier.
Qualité du matériel (4) : On pourra trouver les couleurs du plateau criardes, mais on ne pourrai pas retirer à ce jeu que le choix des couleurs effectué a été judicieux : il n’y a pas d’ambiguïté, entre les couleurs de quartiers, entre les couleurs des joueurs. Il y a suffisamment de place sur les quartiers pour qu’on puisse mettre les cubes sans masquer (quoi qu’à Venise, ça irait avec le thème) la valeur d’icelui en points ni son nom. Les ponts sont jolis. Les cubes un peu petit mais cf. ci-dessus la remarque afférant au non masquage judicieux de ce qu’il ne convient pas de celer. Les cartes sont petites, mais comme on est conduit à les étaler de façon bien visibles sur la table, c’est mieux, le manque de place et l’exiguïté des tables étant parfois cruels dans le monde des jeux de société. Les illustrations naïvisantes ont leur charme. Non, vraiment, rien à redire ce côté-là.
Reflet du thème (2) :
Oh, ne soyons pas chiens, par rapport à El Grande dont on ne peut que noter la proximité dans les mécanismes, il y a un plus indéniable. Sur les cartes exil, on voit bien le monsieur qui dit ouste, dehors et les gens sur la gondole qui souquent ferme pour être hors de la vue des remparts (?) de la ville lorsque l’aurore aux doigts de roses répandra sa nacre sur vous savez quoi. Non ? Bon. Moi non plus, de fait. Le doge a un beau chapeau, et je gage que c’est un chapeau d’époque, j’avoue ne pas être allé vérifier. Voilà. Cela reste un jeu en réalité assez abstrait, dans lequel on peut même commettre le crime de lèse-majesté de demander au doge de bien vouloir aller se baigner dans les eaux de la lagune, certes contre la perte de points de prestige (ce qui est bien là la moindre des choses), ce que même un maire de Paris n’oserait faire de nos jours (concernant la Seine, si le maire de Paris va se baigner dans la lagune de Venise, cela tient de la vie privée et alors là, je ne veux plus rien savoir).
Avis comportant ratiocinations et autres superfétations :
Alors, oui, donc ma nièce, six ans, paf, elle nous met la pâtée. C’est fou, non ? Bon, certes, cette petite est brillante et on l’avait un peu aidée, mais bon. Alors du coup, lors de la partie suivante, hum, je lui ai collé un gros exil, en début de partie, qui l’a mise quelque peu à genou (oui, c’est petit et cruel). Ce qui montre une faiblesse de ce jeu : un gros coup dur en début de partie (surtout si le sort a voulu que nos premiers cubes soient regroupés) peut faire perdre prématurément une partie. On en revient à cette fameuse carte exil qui est assez incontrôlable. Reste qu’il vaut toujours mieux l’avoir pour soit que contre soit, évidemment. Elle peut aussi, en fin de partie, mettre involontairement un joueur à la traîne dans une situation de king maker, ce qui n’est jamais agréable. Sinon, il s’avère qu’il semble intéressant d’essayer de se disperser, pour grappiller des points le plus souvent possible, ce qui n’est pas forcément le cas à El Grande car à ce dernier jeu, à trop se disperser, on ne marque de points nulle part, même si cela dépend pas mal de la configuration de la partie, notamment sur le nombre de joueurs. Ceci étant, cette remarque peut ne pas être vraie si les cubes arrivent à se cumuler en grand nombre sur les quartiers, et ce dernier fait va dépendre des cartes exil justement. Ne prenez donc pas ceci pour paroles d’évangiles. Voilà, après quelques parties à deux avec la variante, on a redonné sa chance à ce jeu une fois que les nièces ont eu grandi, mais, personnellement, je ne me roulerai pas par terre pour en refaire d’autres.