Aztèque ou Maya ? Le moins agressif est...
Rien à ajouter sur cette réédition par Super Meeple qui n'ait déjà été dit ; en terme d'immersion par le matériel de jeu, cela renvoie l'édition originale aux oubliettes. C'est sans fioritures et magnifique, un chouille moins frappant cependant que le polychrome Mexica, du même couple auteurs-éditeur.
Mais au fond Tikal me plaît peut-être plus... Ce qui me "parle" dans ce jeu de majorité de la grande époque, ce n'est pas tant l'exploration de la jungle, pas le système de points d'action (par rapport à Mexica, on passe de 6 à 10 points d'action, mais je n'ai pas trouvé que cela enlisait le game...), ni la règle maligne des échanges de trésors, ni la révélation progressive des étages de temples, à quoi la présente édition rend enfin justice ; ce qui me plaît c'est la stabilité du "blocage" lié à la pose de tuile et aux chemins de pierre qui s'y trouvent représentés (on ne peut pas se rendre d'une tuile à l'autre s'il n'y a pas de pierre, et plus il y aura de pierres, plus le déplacement sera coûteux). De ce point de vue, je trouve Tikal plus "contrôlable" que Mexica, et cela convient sans doute mieux au style de joueur que je suis.
Dans Mexica, on fait circuler son pion d'action de ponts en ponts via des canaux pour se rendre ici et là, fonder des quartiers, poser ses temples et jouer à qui a la plus grosse. Ce principe ingénieux, couplé à la possibilité de détruire et reconstruire les ponts une fois que ceux-ci sont tous en jeu rendent les choses beaucoup plus instables, plus difficiles à embrasser et maîtriser (le scoring n'aide pas, avec son barème décroissant de points selon la place du joueur dans chaque quartier). Le blocage y est quasiment impossible, ce qui entraîne des renversements de majorité permanents et donc un jeu beaucoup plus agressif.
Tikal reste un jeu de majo, donc fortement concurrentiel, mais le scoring y est clair et net (un joueur qui prend le contrôle d'un temple sera seul à marquer les points ; se situer dans une échelle de gains potentiels face à ses concurrents est plus aisé) et surtout les joueurs ne peuvent pas circuler aussi facilement d'un bout à l'autre du plateau. Dès lors, le "puzzle" de la pose de tuile est un délicieux enjeu tactique en soi. On y crée des impasses et des chemins "longs" qui ne bougeront plus et ce faisant, on peut réellement calculer combien il en coûtera aux adversaires pour venir nous chiper une majorité en fonction de leur position sur le plateau, et ainsi ajuster nos propres actions en conséquence.
Bref. Tikal, LE jeu de majorité modéré.
Pour ceux qui n'aiment pas se faire violemment retirer le pain de la bouche.