Indien vaut mieux que deux tu l'auras...
"Wendake", c'est du très, très solide design.
Bien remarqué à Essen 2017, le jeu est passé un peu sous les radars, et on se demande pourquoi car il est splendidement pensé et réalisé. Il mérite vraiment un gros succès chez les amateurs de jeux "poids moyen/lourd".
Quelques points de règles demandent à y revenir un peu avant d'avoir intégré toutes les subtilités (mouvements et combats, combat vs. action militaire, etc.), mais tout finit par couler de source.
Beaucoup de matos (ce qui est une très bonne chose !). Plutôt bien fait et graphiquement agréable.
Le thème est là, sans excès (on a connu des jeux où l'intégration thème/mécanismes étaient plus symbiotiques, mais aussi d'autres où c'était beaucoup moins bien implémenté que dans Wendake).
Il y a toutes les mécaniques habituellement attendues par le gros kubenboiste : placement d'ouvriers, sélection d'action, majorités, gestion de ressources (cette dernière n'étant cependant pas le coeur du jeu), etc.
Ça donne l'impression d'un "4X" moins violent - la partie confrontation et combat existe (c'est assez rare dans un Eurogame pour être souligné), mais sa présence dans le jeu dépendra surtout de la personnalité et du style de jeu des joueurs... On peut tout à fait jouer à Wendake sans que cet aspect soit prépondérant.
Comme souligné par d'autres, les principales innovations viennent des contraintes de sélection d'actions (grille de 3X3 tuiles, qui se renouvellent selon un mécanisme sympa de retournement et "glissement") et des pistes de scores (on score sur des "paires" de pistes, en ne retenant en fin de jeu que le plus petit score sur chaque paire de pistes, ce qui oblige à toujours équilibrer les différents paramètres de victoire).
Rejouabilité très importante via les cartes Tribus de départ, les tuiles de Progrès, les Tuiles d'action Avancées...
Dans les regrets : le jeu appellerait presque viscéralement un système de plateau modulable ; il aurait été génial de pouvoir modifier la disposition initiale des Territoires et des Lieux de Production. D'autant plus que la "carte" de la région des Grands Lacs qui sert de fond de décor au plateau ne joue aucun rôle dans le gameplay (elle ne correspond pas à un découpage "historique" des tribus). On aurait pu ainsi avoir encore plus de rejouabilité initiale, et de variété dans les situations d'adjacence.
Les illustrations et l'artwork sont très corrects, ils font le job ; ils auraient pu être cependant encore plus "poussés", et on n'ose imaginer ce qu'un artiste et spécialiste de l'illustration de jeu tel qu'un Vincent Dutrait aurait pu réaliser en la matière (cf. ses sublimes dessins d'Amérindiens sur "Lewis & Clark").
Personnellement, et malgré ces petits défauts, j'ai pris énormément de plaisir à jouer à ce jeu, les possibilités sont énormes, et sous ses airs de jeu "gentillet", c'est une vrai grosse baston qui peut se livrer, avec beaucoup de stratégies possibles, et beaucoup de frustrations, toujours synonyme pour moi de plaisir ludique suprême.