Un jeu excellent, mais l'orthographe y est un trésor oublié
Le jeu est génial. On a tous accroché très vite: même les anciens ont tout de suite intégré les règles et les mécanismes de base, simples et efficaces: navigation (déplacement), exploration (déterrage de trésors), abordage (pillage du vaincu), et tirs aux canons (affaiblissement ou couler un navire). On pioche 3 cartes parmi ces quatre différentes actions, et on joue. Ou pas. A mon sens, ce sont là les grands points forts de Terre Pirates: l'apparente simplicité des mécanismes et la grande liberté de jouer tout ou partie de ses cartes permettent d'élaborer quelques coups tactiques, comme éloigner un adversaire qui s'apprête à vous aborder en le coulant, ou au contraire, préparer une contre-attaque au tour suivant. D'autant plus que chaque joueur choisit d'incarner un capitaine qui dispose alors d'une pioche personnelle dont les actions orientent la stratégie globale: Edward Teach dit Barbe Noire est terrifiant à l'abordage, mais il aura maille à partir avec Anne Bonny, redoutable en défense. Là-dessus, Olivier Levasseur dit "La Buse" peut vous obliger à changer votre fusil d'épaule en vous volant vos meilleures cartes. Bref, c’est un très bon jeu, très attrayant, et très amusant.
Par contre, quand on déterre un trésor sur une île, il faut y cacher à la place la règle du jeu et ses fautes d’orthographes ! Et c'est là où le bât blesse. Car s'il n'y a que des compliments à faire sur le jeu en lui-même, il y a des écueils que Mathieu Roussignol aurait pu très facilement éviter. En particulier, les fautes d'orthographe - nombreuses et plus monstrueuses que le Kraken lui-même - sabordent la Règle du Jeu. A ma connaissance, la boîte et les cartes (sauf une) sont saines et sauves, mais la règle... Ouille, ouille, ouille. Lors de nos parties, un autre point est venu gréver légèrement notre expérience de jeu, en particulier pour les plus de 35 ans: il est difficile de distinguer les pions-bateaux car les couleurs se ressemblent beaucoup. Suite à un abordage, il nous est arrivé de repartir avec le bateau adverse. A ce point que nous avons fini par adopter les pions d'un autre jeu. De la même manière, les anciens ont confondu les jetons "trou dans la coque", "receleur" et "bâtiment échangeur". Ces jetons ne sont que des aide-mémoires, on les manipule très peu, donc ce souci est plutôt anecdotique. Mais c'est là le point faible de Terre Pirates: son manque de lisibilité. Les illustrations sont formidables, le plateau est attrayant, mais les pions et ces trois jetons ne sont pas identifiables au premier regard, tandis que les règles du jeu font saigner des yeux.
Si je pointe ces petits défauts, c'est pour inviter, humblement, les éditions Roussignol à surveiller cet aspect éditorial. Car le jeu est excellent, à la fois accessible à tous, et permettant à différents profils de joueurs de s'exprimer: pacifiques, belliqueux, opportunistes, tacticiens, stratèges... un vent de liberté souffle sur le plateau océanique. Pour l'honneur, pour l'argent, ou pour une pelle, les pirates jouent pour ce qui leur manque !