A mettre entre toutes les petites mains.
Un joli matériel naturel, une bonne cause, une toupie à l’ancienne, un cocktail de mécanismes bien huilés, de la bonne humeur, pas trop de sérieux, du fair-play si l’on veut, c’est dans l’ordre ou le désordre selon vos priorités les principaux atouts du dernier-né d’Yves Renou, Les rondins des bois. L’ami des culs noirs, des brebis, des ânes et autres quadrupèdes n’en est pas à son coup d’essai, mais c’est là un coup de maître.
Dans la lignée du Jardin fou l’agricréateur nous offre un jeu intelligent, rafraîchissant et j’ose dire poétique. Au milieu d’une production ludique qui fait la part belle à la trahison, au combat, à l’exclusion, Les rondins des bois met en avant des valeurs positives de construction et d’entraide. Certes, les gros joueurs se résoudront difficilement à soutenir celui qui est loin derrière mais gageons que les plus jeunes de nos bambins seront moins pervertis.
Au premier abord, on pourrait reprocher au jeu de mettre en scène un modèle productiviste à travers la construction de figures dans un temps réduit. C’est là un trompe-l’œil car avec sa finesse habituelle Yves Renou ajoute un mécanisme de déconstruction et mesure le temps à l’aide d’un instrument à la précision volontairement catastrophique : une toupie obsolète qui nous ramène au monde de l’enfance. Mais peut-être l’auteur n’est-il pas allé assez loin dans sa parabole consciente ou subconsciente. En effet, pour chaque figure c’est le joueur le plus avancé qui l’emporte à condition qu’il soit seul à son niveau de construction. Ici l’égalité nuit, le contraire eût été encore plus beau. Mais il aurait fallu trouver un mécanisme opérant, ce qui n’est pas une mince affaire. Consolons-nous en pensant que les derniers peuvent devenir les premiers.
Les rondins des bois est une création idéale pour la famille, à faire découvrir à ses enfants ou petits-enfants. Mais attention aux torticolis !