Une vague scélérate dans mon univers ludique
Une critique devant avant tout permettre à des joueurs d'orienter leurs achats, j'ai décidé d'écrire la mienne en me basant sur la boite de base, celle que vous trouverez en boutique.
Tous les jeux de Frédéric Henry auxquels j'ai joué m'ont plu. Des bons jeux, voire très bons jeux pour certains dans leur catégorie mais aucun ne m'avait vraiment mis de claque ludique jusqu'à présent. Voilà qu'arrive le projet Conan, un projet absolument colossal : un investissement initial très important de la part de l'auteur et des personnes qui encadrent le jeu (Monolith) qui se reporte sur de nombreux domaines : interventions de grands sculpteurs, illustrateurs, auteurs du jeu (pour la conception de scénarios) ; promotion du jeu à travers la France (et à une échelle internationale) dans différents médias, dans des boutiques, des événements ludiques qui permettent l'équilibrage des scénarios, l'engouement autour du projet (important car il peut placer le joueur face à au processus de création via l'élaboration de nouveaux scénarios et surtout parce qu'il permet au jeu de rencontrer son public) ; enfin, investissement personnel de la part de l'équipe, propre au monde du jeux, dans lequel ses acteurs se rencontrent régulièrement via des échanges réels ou numériques. Une proximité qui a donné une saveur toute particulière au projet et qui m'a poussé à franchir le pas des 100 euros d'achat.
Parce que c'est un projet phénoménal, Conan coûte cher. Mais Conan est un jeu de luxe. Adrian Smith et Georges Cl4renko en sont les deux principaux illustrateurs ; de grands sculpteurs comme Stéphane Simon ou Thomas David sont à l'origine des figurines, Patrice Louinet (l'un des spécialistes de Robert E.Howard) a supervisé le projet, les frères Hascoët connus pour leur travail d'édition au sein de Bombyx sont à la tête de Monolith (ils ne sont pas seuls). Acheter Conan c'est avoir en main une très grosse boite dans laquelle vous trouverez beaucoup de figurines, quatre plateaux de jeu, des dés, des scénarios, du mobilier en carton, des tuiles... Un jeu unique dans une ludothèque comme la mienne.
Mais Conan c'est avant tout un jeu. Le matériel sert une mécanique. Aussi beau soit-il, c'est cette mécanique qui intéresse le joueur. Mon avis : Frédéric Henry est ici l'auteur d'une merveille. C'est l'un des jeux les plus prenant auquel j'ai joué. Le matériel aide bien entendu à entrer dans l'univers du barbare mais le système est un bijou. C'est un jeu asymétrique dans lequel chaque joueur incarne un héro (accompagné de sa fiche personnage) tandis qu'un dernier joueur contrôle l'ensemble des figurines restantes, c'est à dire les adversaires de notre petit groupe. Ce dernier est à la tête d'une tablette qui lui permet le contrôle de ses unités. En fonction du scénario choisi par les joueurs des objectifs sont imposés pour les deux camps et des règles spéciales sont ajoutées. Disons-le tout de suite : la rejouabilité est totale. Sur un même scénario de nombreux choix sont possibles. Il y a également la volonté chez nous d'essayer au moins chaque "rôle" ! Vous avez face à vous des dizaines et des dizaines d'heures de jeux avant de faire le tour des maps, figurines, scénarios, surtout que l'engouement dont je parlais au début de cette critique va peut être mener des joueurs vers la création de nouvelles histoires !
Jouer à Conan c'est se raconter une histoire en 1h-1h30. Jouer à Conan c'est rire, ressentir de la frustration et stresser en fin de partie ! Jouer à Conan c'est discuter et partager (l'interaction entre joueurs est totale). Jouer à Conan c'est faire honneur à Robert E.Howard et son univers que j'ai découvert grâce à ce projet.
Chaque joueur contrôle des gemmes, c'est à dire des points d'action qu'il va devoir gérer et attribuer à ses caractéristiques (attaque au corps à corps, attaque à distance, défense, mouvement, manipulation...). Les dés sont là pour créer des rebondissements (le hasard est ainsi évidemment présent mais est contrôlable. Surtout, il apporte de la folie au jeu). Le livre de Skelos (la tablette) permet au joueur incarnant le "mal" d'avoir un vrai rôle dans la partie (il doit faire ses propres choix, il a ses propres objectifs). Chaque scénario donne une ambiance particulière à la partie (de l'affrontement, de la subtilité, du hasard, du bluff, de la gestion...). Ainsi, Conan c'est un jeu avec des figurines, un jeu de gestion, un jeu de hasard, un jeu au thème fort, un jeu où se racontent des histoires, un jeu d'interactions, un jeu de partage. Conan est un jeu incroyable qui fera date dans le monde ludique. Et si tel n'est pas le cas, il fera date dans mon histoire de joueur.
Je vois cependant trois défauts. Ces défauts ne touchent pas le jeu en lui-même mais ce qui l'entoure. J'ai beaucoup de difficultés à ranger ma boite tant elle déborde. Malgré son gabarit elle me semble encore un peu petite. Ensuite, le deuxième défaut touche les règles. Contrairement à ce que je lis je trouve que le travail d'écriture est très bon. Les règles sont d'une grande simplicité dans Conan et s'apprennent en quelques minutes. En revanche, une fois sur le plateau, nous sommes par moment confrontés à des cas spéciaux qui manquent de réponses claires dans les livrets fournis. Il faut alors se rapporter aux FAQs non officielles ou aux forums même si il est possible de faire appel à son bon sens (mais pas toujours). J'aime quand tout est clair. Rassurez-vous, de nouvelles règles sont en cours d'écriture (ou déjà là en fonction de quand vous me lisez).
Enfin, en attendant des éclaircissements, je reconnais ne pas comprendre à quoi sert tout le matériel du jeu.
En conclusion : jouer à Conan c'est se prendre une vague scélérate dans la gueule. L'une de mes plus grosses claques de joueur.
Pour toutes les personnes qui n'ont pas participé au financement participatif, ne soyez pas frustrés de ne pas avoir tout le matériel que nous possédons. La boite de base est un monument à elle seule. Vous en avez assez pour des heures et des heures ! Et si jamais vous n'en avez pas assez, des extensions et des add-ons seront/sont en boutiques permettant un énième renouvellement. Surtout, Croc, Antoine Bauza, Ludovic Maublanc et Bruno Cathala en sont les auteurs et apportent avec eux leur vision de la géniale mécanique de Frédéric Henry.
Merci Frédéric Henry, merci Monolith !