Le jeu qui fâche !
Cet avis est donné après quelques parties en solo faites avec la boîte de base sans extension (si ce n'est les cartes Environment, mais j'y reviendrai plus bas). Je précise que je n'ai pas participé au Kickstarter.
Commençons donc.
Darklight Memento Mori, c'est une grosse grosse boîte bien lourde que vous aurez toutes les peines du monde à caser dans votre ludothèque. Vous y trouverez des figurines, des cartes, des tuiles de donjon, des marqueurs, des livrets de règles et de scénarios et des dés. Et tout ça en grande quantité ! Forcément, quand on dépense 120€, on est en droit d'attendre une grande quantité de matériel. C'est le cas ici, bon point !
Décrivons un peu nos impressions lors de l’ouverture : les tuiles sont solides et jolies, les figurines très sympathiques et les illustrations délicieusement sombres. On regrette peut-être des fiches de personnage et de monstre en carton très fin et une absence de sachets plastiques (sérieux, quand est-ce que les éditeurs comprendront...), mais dans l'ensemble, on en ressort ravi.
Puis on se lance dans l'aventure. Nous jouons des personnages qui se réveillent amnésiques dans un donjon maudit infesté de monstres bodybuildés. Pour s'en sortir, il va falloir cogner, et dur ! Et ça ne sera pas facile car vous commencez l'aventure pour ainsi dire à poil, sans autre équipement qu'une épée cassée, un fémur encore chaud, une paire de dagues ou un crâne maudit : cela dépendra de votre classe. Pour finir, un sombre et mystérieux personnage appelé le Grimwarden vous confiera un puissant artefact nommé le Coeur maudit (cela fait quand même beaucoup de maudits).
Bien sûr, le jeu est coopératif.
Le jeu sera un mélange d'exploration et de combats : à mesure que vous avancerez dans le donjon, vous serez confrontés tantôt à des évènements mortels et tantôt à des monstres hostiles. Vous aurez bien sûr l'occasion de mettre la main sur des coffres et de l’équipement qui vous seront d'une grande aide.
Les combats seront violents et impardonnables. Les monstres sont nombreux et ont des capacités qui vous pourriront la vie. Certains vous tapent dessus, certains vous tapent dessus TRES fort, certains soignent leurs copains, certains font venir des renforts, certains vous font perdre de la santé mentale en vous faisant peur etc.
Sachez que les combats se font aux dés, à six faces. Vous lancerez les dés une première fois pour savoir si vous touchez et puis une deuxième fois pour déterminer les dégâts que vous infligez. Parfois vous ferez des coups critiques qui feront très mal alors que des fois, vous entaillerez à peine la peau de votre adversaire.
Et tout ça, c'est pareil pour les monstres, évidemment. Cela signifie que ça sera des fois vous qui vous prendrez un coup critique dans la tronche. Pour vous en sortir, vous aurez la possibilité de dépenser de l'endurance pour esquiver (totalement ou partiellement selon la dépense) les attaques.
Mais cela ne suffira malheureusement pas toujours. Aussi, vous risquerez de connaître la mort comme déjà tant de joueurs de Darklight. Mais ne vous inquiétez pas, car le coeur que vous transportez vous permettra de ressusciter. L'ennui c'est qu'il ne fonctionne qu'un nombre limité de fois, et que quand les piles sont à plat... ben vous avez perdu.
Autant être franc, l'aventure ne sera pas facile. Mais si vous réussissez l'exploit de sortir du donjon et d'atteindre la fabuleuse ville de je-sais-plus-quoi (désolé, j'ai pas le jeu sous la main pour vérifier le nom), vous pourrez repartir à l'aventure avec de l'équipement encore plus costaud et même des nouvelles compétences. Vous n'aurez qu'à échanger les âmes des monstres que vous aurez tués contre de l'or. Plus vous aurez tué, plus vous serez riche, donc. Conseil d'ami : gardez tout de même quelques pièces pour soigner les vilaines blessures.
Vous aurez d'ailleurs du plaisir à visiter la ville : il y a de nombreux lieux à découvrir et plein de bazar à acheter. Les Galeries Lafayette locales vous proposeront toutes sortes d'équipement et de services. Et une fois le shopping fini, vous serez confrontés à des évènements locaux, parfois cools (vous faites la rencontre d'un chic type), parfois chiants (les sales mômes de la voisine vous font les poches pendant un moment d'inattention) et des fois modérés (on vous propose un deal dangereux).
Et tout cela, ça se fera au cours d'une campagne, avec des textes d'ambiance (en anglais) et des révélations surprenantes. Et ce qui est marrant, c'est que vous serez libre du rythme de campagne. Vous pourrez, à tout moment, interrompre l'histoire pour vous amuser de votre côté à explorer des donjons aléatoires afin de gagner en puissance et renommée. De toute façon, les aventures s'adaptent au niveau des personnages. Alors que vous soyez de niveau 1 ou 10...
Bref, comme vous pouvez le voir, Darklight a absolument tout pour plaire. Un jeu de ce calibre, ça mérite clairement un 10 sur 10, non ?
Mais… mais… mais... mais...
Comme l'a signalé le titre, il y a des points qui...
FÂCHENT !!!!
Pour commencer, parlons des règles.
Eh bien... que dire... c'est une catastrophe. Je suis du genre pacifique dans la vie, mais je crois bien que ces règles me donnent des envies de meurtre. Je les ai lues une première fois ; je les ai relues une deuxième fois ; j'ai essayé de commencer à jouer en les gardant près de moi... et ça ne suffisait pas !
Vous voyez Mice & Mystics ? Ce qui rendait les règles exécrables, c'était leur désordre. Eh bien dans Darklight, c'est pareil, mais sans index ! Croyez-moi, cela ne va pas être facile.
Pour pouvoir jouer, une seule solution : téléchargez et imprimer l'aide de jeu fan-made de Board Game Geek ; même si vos premières parties seront encore loin d'être fluides, elle vous aidera beaucoup.
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Maintenant parlons de la difficulté du jeu.
Le jeu est dur à en crever. Même durant la partie d'introduction, vous allez mourir et remourir. Ce qui signifiera recommencer, encore et encore.
Bien sûr, quelques subtilités tactiques vous permettront d'augmenter vos chances de succès, mais ne pensez pas que cela vous sauvera à coup sûr.
Le jeu est spécialement difficile si, en tant que bon joueur solo, vous jouez seulement avec un personnage. Vous n'aurez pas le droit à l'erreur !
Personnellement, je préfère jouer deux personnages.
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Autre point concernant les règles. Je disais qu’elles étaient peu digestes et mal structurées. Mais j’ai pu constater qu’elles n’étaient pas tout à fait complètes non plus. En effets, certains points pourtant importants ne sont pas abordés, notamment en ce qui concerne la campagne.
Par exemple : est-il nécessaire de refaire la mission d’introduction (qui est déjà bien putepute) chaque fois que l’on recommence la campagne ?
Autre question : comment fait-on pour remplacer un personnage mort en cours de campagne ? Doit-on redémarrer avec un aventurier tout pourri de niveau 1 qui n’a que son slip pour armure ? Si c’est le cas, il risque d’être un peu à la traîne par rapport à ses compagnons.
Et puisqu’on parle de morts, que se passe-t-il si tous les personnages du groupe meurent ? Rebelote on crée un nouveau groupe ou a-t-on perdu la campagne ?
Bien entendu, on peut décider soi-même selon nos désirs, mais j’ai toujours détesté faire de la sorte. L’auteur a créé un monde ; à lui d’en fixer les règles ! Vous imaginez si c’était au joueur de décider comment créer un personnage dans Kingdom Death : Monster ? Il y aurait probablement quelques abus.
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Pour finir, le point négatif qui m’a peut-être le plus fâché : les cartes Environment.
Les cartes Environment, ce sont 40 cartes rajoutant un peu de piment à l’exploration de donjon. Sans elles, ce dernier ne serait qu’un amas de salles vides sans âme. Bref, ces cartes permettent de rajouter autre chose que des monstres et des coffres à trésor. Elles rajouteront par exemple des barils qu’il est possible de faire exploser à la gueule des monstres ; des statues angéliques à la magie curative ; des étagères regorgeant de matériel intéressant ; une colonne branlante etc. L’indispensable à l’exploration, quoi.
Le problème, c’est que ces cartes ne sont pas incluses dans le jeu de base. Eh oui, mes amis, il vous faudra vous procurer l’extension pour les avoir, ce qui impliquera de dépenser 40£ de plus. Malins ces éditeurs, n’est-ce pas ?
Bon, si l’on passe le fait que je trouve un poil gonflé de ne pas fournir un matériel aussi important dans une boîte qui a coûté, je le rappelle, 120€, il faut savoir que cette extension, ben elle est introuvable ! Eh ouais, ils n’en ont pas créé assez. Frustrant, hein ? À moins que vous n’ayez quelques gros billets à dépenser sur les sites de vente où certains rigolos se débarrassent de leur exemplaire à prix d’or. C’est beau le capitalisme, des fois !
Comme je voulais vraiment me procurer ces cartes, j’ai envoyé un gentil mail à l’auteur/éditeur pour lui demander s’il était possible qu’il me fournisse une version Print & Play des cartes en précisant que j’étais disposé à payer si besoin. Un non m’aurait suffi, mais il ne m’a jamais répondu, malgré mes rappels. Bon...
Par la suite, j’ai pu constater sur BGG que je n’étais pas le seul à être dans cette situation : d’autres joueurs regrettaient l’indisponibilité des extensions (parce que oui, il y en a plusieurs). À cela, l’auteur répondait qu’il y aurait probablement un reprint le jour où il aurait écoulé toutes les boîtes de base. Quoi de plus compréhensible ! L’ennui, c’est que ces boîtes de base ne s’écoulent pas. Eh oui, Darklight est le genre de jeux à intéresser les gros clients, c’est-à-dire ceux pour qui c’est le All-in ou rien.
Vous commencez à saisir le problème ?
Heureusement, j'ai pu me procurer ces fameuses cartes par la suite, grâce à un membre de BGG.
Voilà, ce sont les quelques points qui font que Darklight n’est pas le Dungeon Crawler ultime que j’attendais. Pour cette raison, j’ignore encore quel sera le futur de mon exemplaire. Trouverai-je un jour l’envie de repartir à l’aventure ou ferai-je mieux de revendre ma boîte et de chercher un jeu plus complet ?
Le temps nous le dira...