Évolution
J'avais, à l'époque (entre 2001 et 2005), pas mal joué à la version Eurogames d'Evo. Il faut dire qu'il s'agit d'un jeu truffé de bonnes idées : du placement, des enchères très dynamiques, un peu de combat pour corser le tout − il faut dire qu'à l'époque, on envisageait difficilement un jeu dans lequel il ne serait pas possible de pourrir arbitrairement un adversaire. Même si aujourd'hui, ce genre de mécanisme a plutôt tendance à me hérisser le poil, les combats d'Evo sont suffisamment rares, incertains et justifiés par la survie (ou l'équilibre des gènes achetés aux enchères) pour être acceptables. Nous sommes ici devant un jeu très tactique, tendance prise de tête vers la fin de partie. La vision du jeu au niveau du plateau ne dépasse pas un tour, et il faut constamment chercher l'enchainement de déplacements qui va nous permettre à la fois de maximiser notre nombre de dinos présents sur le plateau (en prenant en compte les déplacements et pontes adverses) et de minimiser le nombre de dinos adverses (et plus particulièrement de ceux qui mènent au score). Un peu répétitive à force, c'est surtout le tirage et les enchères sur les gènes qui permettent de jouer à plus long terme et de varier les parties.
L'Evo de l'époque avait aussi, à mon sens, une grande qualité : il ne se prenait pas au sérieux. Son habillage cartoon et enfantin posait l'ambiance : on est là pour jouer au Petit Dinosaure (qui vient occasionnellement prendre la place d'un autre), pas pour revivre l'attaque sanglante du Triceratops par un troupeau de Vélociraptors. Même si l'habillage enfantin n'était pas toujours du meilleur gout et risquait de faire prendre le jeu pour ce qu'il n'est pas (un jeu pour enfants), il contribuait à distiller une ambiance détendue et bon enfant autour de la table.
Si la nouvelle version a conservé tout ce qui faisait d'Evo un bon jeu, en améliorant même sensiblement les mécanismes et l'ergonomie (sauf peut-être cette roue qui masque la « logique » des évolutions météorologiques, et la disparition de la possibilité de personnaliser visuellement nos dinos), le traitement graphique, techniquement irréprochable du reste, change complètement l'ambiance autour de la table. Ici, c'est du sérieux : on est là pour tuer ou être tué, si possible dans de grandes gerbes de sang et de tripes. Les règles de combat on même été modifiées pour renforcer légèrement la puissance de l'attaque. Je ne suis pas certain qu'on y ait complètement gagné au change : déjà, ce n'est pas vraiment la rigueur scientifique qui fait la force du jeu, entre la mosaïque de climats du plateau et les gènes de corne achetés aux enchères. D'ailleurs, le designers se sont sentis obligés d'ajouter du fantastique/steampunk dans la balance pour se dédouaner… Mais surtout, cette ambiance plus sérieuse incite à mûrir un peu plus chaque déplacement, chaque enchère, chaque attaque. Les changements de règles par rapport à la version originale ayant eu globalement comme effet de renforcer le contrôle des joueurs sur le jeu, celui-ci peut devenir assez prise de tête en fin de partie, et trainer alors en longueur, particulièrement à cinq joueurs (compter alors deux bonnes heures).