Contre intuitif au début mais finalement très organique
Pour évaluer la qualité d'un jeu en temps réel limité (qu'il soit collaboratif comme ce Quicksand ou Fuse/Mission pas possible, ou bien compétitif comme le très bon 9 tiles panic) les critères sont assez différents d'un jeu de société traditionnel.
En effet, le fun ressenti est en permanence à la fois stimulé et battu en brèche par la quantité de stress qui s'accumule. Or, cette tolérance au stress varie énormément d'un joueur à l'autre, mais surtout le fun peut rattraper et dépasser le stress plus ou moins vite avec l’expérience des parties, un peu comme pour n’importe quelle courbe d’apprentissage d’un jeu de société.
La différence, c'est que le rejet du stress est un poil plus violent que la traditionnelle surcharge cognitive induite par un jeu traditionnel et son apprentissage. Pourtant, de tels jeux ne relèvent pas vraiment de l'apéro prout prout et font preuve d'une élégance qui peut concurrencer les plus grands designers. C'est du soft fun mais du soft fun stylé quoi...
Concernant Quicksand, il faut donc savoir que le jeu comporte de nombreuses contraintes pas forcément ultra intuitives au premier coup d’oeil, mais tout cela va se lisser une fois que vous aurez automatisé les tâches. C'est d'ailleurs ce qui est le plus agréable dans ce jeu: devenir bon et jouer sans vraiment réfléchir.
Vous devez faire progresser des sabliers sur une piste en posant (avec des cartes) des couleurs ou des signes qui correspondent aux tuiles sur lesquelles les sabliers sont posés, sans les faire se doubler ni laisser le sable s’écouler. Si ce dernier cas se produit, on a une chance de le remettre en piste, mais cela dépend aussi de la chance de retirer une carte joker.
Ces contraintes, en particulier celles liées à l'écoulement du sable et à l'obligation d'utiliser les pouvoirs des cartes, sont en grande partie responsables de cette forte dose de stress qui peut sembler un peu agressive au début. Comme je le dis plus haut, pas de panique car une fois tout digéré (2 ou 3 parties, mais plus rapide pour les enfants qui sont plus habitués à ces jeux physiques) le fun refait son apparition. Par rapport à Fuse, on est sur du jeu intuitif, organique, à la limite de l’adresse et d’une sorte de sport même si la réflexion reste présente -et même souvent déterminante. Le fait de comprendre l’équilibre à maintenir entre les deux côté du sablier (pour que la quantité de sable reste suffisament équilibrée entre ses deux compartiments) est vraiment une sensation unique – peut-être que d’autres jeux l’ont utilisée mais je n’y ait pas joué ! On a l'impression de toucher les boutons d'une machine pour éviter en permanence la surchauffe, et c'est vraiment grisant lorsqu'on y parvient jusqu'à l'arrivée.
Quicksand est donc une excellente pioche dans son genre, mais ça ne se voit pas forcément dès les premières minutes de jeu, ce qui fait que je doute un peu de son potentiel commercial face à des jeux plus immédiatement attractifs (et souvent décevants ensuite). Au moins avec Quicksand il n'y a pas ce côté "coquille vide" -petit coucou au club des winners skyjo/splendor/flip seven, qui chez moi ont vite trouvé le chemin du placard pour y rester, sauf quand des invités les réclament en criant "arrête avec tes jeux obscurs et prise de tête!"
A noter qu'il se joue peu ou prou de la même manière quel que soit le nombre de joueurs, même en solo (légère différence sur le tirage) ce qui est à mon avis une autre grande qualité