Babel Junior
Parmi les jeux soldés dans une enseigne bien connue terminant par un Z, on trouve souvent des kamouloxs à moitié injouables dans le style de l'horrible Wise Guys, des jeux bugés qui vous font perdre une soirée et déclenchent les moqueries de vos amis. Il y aussi des jeux pas si mauvais mais avec des erreurs de règles qui expliquent facilement leur insuccès, et souvent des formulations très mal traduites qu'on peut relire 10 fois sans en comprendre le sens.
Devant ce Riftforce à 3,99 euros, avec ses illustrations heroic fantasy très classiques (bien que soignées) j'ai d'abord pensé à un tel bug ludique, mais bon je ne perdais que 4 balles.
En lisant ses règles simplissimes et brillament exposées, tout en découvrant son matériel séduisant, j'ai commencé à me dire que le bug était double pour qu'il se retrouve à ce prix dérisoire: ce petit jeu avait l'air bigrement efficace et resseré, une vraie petite bombre qui donnait terriblement envie de jouer. Une fois les parties (très courtes) lancées, le plaisir est immédiat, on teste des choses variées et on s'améliore en perfectionnant les attaques les plus vicieuses. C'est très méchant mais aussi très sympa, je ne sais pas comment c'est possible mais on se marre bien en s'explosant la tronche, puis on réclamme une vengeance avec une nouvelle partie.
Classique bataille en ligne pour 2 joueurs à la Pecking Order, Shotten Totten ou des choses plus récentes comme Abyss: Légions, Riftforce est tellement rapide et malin qu'il s'impose à mes yeux comme le tout meilleur du genre (jugement qu'il faut estimer à la mesure de ma faible culture de ces bastons de cartes à 2).
On se bat donc en ligne, comme un champ de bataille, en posant des cartes (au maximum par 3) et en choisissant soit leur valeur soit leur couleur. On peut les mettre au même endroit ou sur des lieux adjacents, les cartes s'ajoutant les unes aux autres en formant des colonnes. Chaque type de carte a aussi un pouvoir, qui permet de détruire de multiples façons les cartes adverses, mais aussi parfois de faire d'autres choses comme se déplacer. On marque un point quand on détruit une carte adverse, mais aussi quand on utilise la 3ème action qui consiste à refaire sa main et constater des emplacement vides chez l'adversaire. Tout simple et classique, donc!
Au fond, la meilleure comparaison n'est pas un des 3 jeux de duel précités mais le génial Babel d'Uwe Rosenberg, un jeu sans doute trop complexe et contre-intuitif pour le commun des mortels. Le principe des colonnes de cartes et des pouvoirs rappelle exactement Babel, mais c'est TELLEMENT plus simple qu'on peut le sortir avec presque n'importe qui.
Par contre, c'est plutôt le genre de jeu qu'on poncera longtemps avec un adversaire de prédilection, sans quoi vous allez écrasez le néophyte, ce qui n'est pas très intéressant.
Bref, voilà un petit jeu de baston parfait, d'une grande fraîcheur, et qui donne vite envie de connaître les nouveaux pouvoirs de son extension -hélas celle-ci n'est pas à 4 euros!