Atypique dans le contexte euro
Ancien testeur de Knizia, Sebastian Bleasdale est surtout connu pour être le cocréateur du mythique Keyflower, mais il a finalement pondu assez peu de jeux par la suite.
Black Fleet s'apparente d'avantage à ce qu'il a pu faire dans l'excellent Lemming: un jeu familial très compétitif qui reprend juste quelques idées propres aux euro games. Ainsi, Lemming recyclait les séries de cartes croissantes de Lost Cities dans un contexte de course, une idée que Knizia lui-même a réutilisé quelques années après avec son très bon El Dorado.
Ce qui surprend avec ce Black Fleet, c'est son côté baston primaire digne d'un vieux jeu de vide grenier: on s'y pille et on s'y coule sans la moindre vergogne, c'est vraiment de la grosse baston. Là où Bleasdale ammène un peu de son savoir faire euro, c'est qu'une partie des bateaux est commune à tous les joueurs, ce qui rend l'affaire un peu plus subtile.
En effet, les frégates constituent une sorte de police des mers, capable de chasser les pirates. On a donc une sorte de "Poule-Renard-Vipère" sur l'eau, entre commerçants, pirates et frégates, avec une utilisation constante de cartes spéciales qui transgressent les règles. Certaines se jouent one-shot, d'autres ont des pouvoirs permanents que l'on achète (c'est d'ailleurs obligatoire pour gagner la partie).
Ce jeu a vraiment de quoi déplaire aux adeptes du contrôle et de la concurence loyale, mais perso j'adore l'avoir dans ma ludothèque pour apporter un peu de vent frais et de fun. Le matériel est très beau et les parties vraiment amusantes, même si effectivement c'est régréssif, tellement loin de tout ce que peut aimer un euro gamer.
A noter que j'ai ajouté une variante maison pour l'aquisition des cartes développement, qui dans le jeu de base n'est due qu'au hasard: à chaque fois que l'on souhaite en acheter une, on retourne deux cartes de la pile souhaitée et on choisit celle que l'on prend (on n'installe donc pas tout le paysage de cartes au début devant chaque joueur).
A noter que deux variantes pour deux joueurs existent aussi, dont une par l'auteur, et qu'elles marchent très bien, à tel point qu'on se demande vraiment pourquoi le jeu est prévu à la base uniquement à partir de 3 joueurs.
Au final, pas un grand jeu certes, mais un "eurotrash" atypique qui trouve vraiment sa place.