le jeu survitaminé de création de superbes aberrations
Ce qui peut décontenancer de premier abord, c’est que le jeu semble se vendre sur sa dimension stratégique, sur son sérieux, alors qu’il s’avère très vite plus jeu d’ambiance que jeu profondément tactique. Il faut dissiper le malentendu pour apprécier pleinement son hybridité mécanique, faisant appel à l’interaction, l’observation, la rapidité, la majorité, le puzzle et même l’éloquence, tout cela avec une certaine dose de hasard. Notons que si la phase du Prix de la Reine peut sembler trop légère ou ne pas fonctionner (on a souvent tendance à donner le point au joueur qui en a le moins et représente la moins grande menace), rien n’empêche de la supprimer pour ne se concentrer que sur l’élaboration de chimères absurdes dans leur cohérence.
Par ailleurs, ce n’est qu’une fois les mécaniques maîtrisées (après une partie ou deux) que l’on parvient à maîtriser une part de hasard, pour un jeu moins chaotique qu’il ne pouvait d’abord le sembler, notamment parce qu’on fait plus attention à la manière de compléter ses plateaux et que l’on se protège ainsi plus vite des attaques des adversaires. Plutôt que de voir Chimère comme un jeu tactique léger, il faut à mon avis le percevoir comme un jeu d’ambiance tactique, puisqu’il est assez rare qu’une création aussi interactive, chronométrée et survitaminée fasse appel à une telle réflexion – un peu comme Cosmic Factory tiens. Je n’ai personnellement qu’un regret, qu’il soit si difficile de fermer la boîte une fois tout le matériel rangé, mais ce regret n’est possible que parce que la boîte est justement très remplie, avec un matériel joli et de qualité, et tout cela pour à peine plus de vingt euros ! Plutôt que de faire de ce regret un reproche, on pourrait inviter d’autres éditeurs à en prendre de la graine !
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