Intéressant, mais...
Déjà, il y a un truc qu'il faut saluer, c'est l'ambiance. On se croirait vraiment dans un roman de James Ellroy. Que ce soit sur les visuels signés Vincent Dutrait, sur le niveau de langage utilisé (gros coup de chapeau à la traduction truculente et son usage de l'argot), ou sur les mécaniques mises en oeuvre (corruption et suspicion à tous les étages, course entre les inspecteurs), tout est fait pour nos plonger dans le L.A. des années 40.
La grande originalité du jeu, c'est son système d'interrogatoire des suspects. Un inspecteur peut poser une question à un suspect sur un sujet précis, et celui-ci à plusieurs réponses possibles à disposition. Ainsi, l'inspecteur ne sait jamais avec certitude si le suspect lui a donné une réponse valide ou s'il le mène en bateau.
C'est vraiment très cool et ça rend les suspects "vivants", mais... Pour que ça marche, le jeu fait appel à un joueur appelé le "Marionnettiste" qui incarnera les différents suspects. Dans le livret de règles, c'est censé être un joueur à part entière qui gagne si les Inspecteurs échouent (comme Long John dans l'Île au Trésor). Dans les faits, c'est surtout un Maître du Jeu qui doit s'assurer que tout le monde s'amuse et qui essaye d'équilibrer les forces en présence. Il donnera un petit coup de pouce à l'inspecteur qui patauge dans la semoule, il sortira ses plus belles fausses pistes et ses plus beaux blocages sur l'Inspecteur qui a réussi à trouver une preuve cruciale dès le premier tour...
Et franchement, le Marionnettiste est un rôle intéressant, on ne s'ennuie pas en le jouant... Mais il nécessite quand même qu'un joueur "se sacrifie" (très souvent, le possesseur du jeu) en se déflorant l'histoire. C'est quand même frustrant de ne pas avoir le plaisir d'enquêter et de dévoiler une énigme pas à pas.
Bref, ce système de marionnettiste me chiffonne, pour un jeu qui autrement est en tout point remarquable.
(Attention, petite coquille sur la trad française : les règles parlent de SOUSTRAIRE une preuve alors que les cartes Affaire parlent de PRENDRE une preuve : il s'agit bien de la même chose).