Bien meilleur que l'original!
J'avais été assez déçu par Thèbes, qui me semblait un peu désuet par sa pioche de trésors totalement aléatoire et fastidieux par ses déplacements sur la carte. Cette version presque identique a justement fait disparaître ces deux éléments gênants!
Il reste donc un jeu de collecte de cartes au thème archéologique, qui possède la fameuse piste de temps "à la Patchwork" (mais bien inventé par Thèbes) où celui qui a joué les actions les moins puissantes joue toujours en premier.
Des cartes de pouvoirs plus audacieuses ont également été ajoutées pour enlever encore un peu de chance (attention à l'erreur d'impression sur la carte voleur, qui coûte seulement 1 à l'achat et 1 à l'activation).
Il y a donc très peu de différences, mais c'est tellement plus fluide, rapide, clair, et avec une dose de contrôle désormais raisonnable, avec le petit frisson de la chance qui demeure intact.
Une fois le jeu ainsi ramené à l'os, on obtient incontestablement quelque chose de plus abstrait, si typiquement allemand, mais aussi un bien meilleur jeu, qui à mon avis peut prétendre au Panthéon des tous meilleurs jeux portatifs (excellents pour les vacances).
Il a aussi pour grande qualité de rester bon quel que soit le nombre de joueurs: si vous vouliez expérimenter la sensation de piste Patchwork à plus de deux joueurs c'est une très bonne occasion (étrangement, aucun jeu de la trilogie Tetris/nature de Rosenberg ne reprenait cette idée géniale de la piste).
Pour ceux qui ne connaissent pas Thèbes, précisions quand même qu'il est basé sur un ingénieux système de collecte de cartes connaissance qui permettent petit à petit d'emmagasiner un pouvoir de fouilles (pioche) de plus en plus important, même si on reste dépendant de la chance à la pioche. Il s'agit donc en quelque sorte d'un stade primitif de construction de moteur, sorte de Splendor ++ avec la même sensation (en beaucoup mieux) de montée en puissance et sans aucune différentiation stratégique, si ce n'est la couleur choisie et la nécessité de passer par deux étapes (ici d'abord la connaissance, puis les reliques trouvées qui débloquent les expéditions). Bon évidemment c'est meilleur que Splendor, mais attention, c'est loin, très loin d'être aussi facile à appréhender pour les non joueurs. D'ailleurs il y a un petit détail qui peut être un déstabilisant à la première partie: on n'a que 5 cartes de fouille et la fin de partie est conditionnée par un paquet vraiment énorme. Il est donc délicat d'estimer à quel rythme dépenser ses permis de fouille. Ca n'est pas à proprement parler punitif comme le terrible Masters of Renaissance, c'est juste qu'il ne faut pas s'enflammer trop vite...
D'ailleurs, le tirage des cartes reliques, qui remplace les tuiles dans le sac, n'est pas seulement là pour atténuer le hasard problématique de Thèbes et diminuer le prix du jeu (même si on sait que ce dernier détail est très important pour Queen): cela donne aux parties un rythme surprenant très intéressant, surtout quand une dizaine de cartes de couleurs arrivent tout d'un coup (seul le retour d'une carte d'action interromp le remplissage du marché). Finalement, ce remplissage irrégulier des sites de fouille (qui rappelle un peu le marché de cartes de St Petersbourg) s'avère peut-être le meilleur mécanisme de ce jeu, dépassant même la piste du temps et lui donnant un côté très audacieux, imprévisible sans être franchement chaotique.
Je pense que cette version rammenée au meilleur est injustement restée dans l'ombre de son célèbre grand frère, et d'ailleurs elle n'est jamais été éditée en français... Pourtant, il s'agit d'un jeu absolument parfait et d'une grande élégance, qui aurait sans doute été beaucoup mieux évalué s'il était sorti en premier comme un jeu original.
Quant à savoir ce que l'on perd en cohérence thématique sans cette étrange roue/jouet (remplacée ici par un tableau fonctionnel), cette carte un peu encombrante et ce sac de jute rempli de cailloux inutiles qui font rager, je trouve que de toute façon Thèbes n'était pas réellement un jeu véritablement immersif en dehors de sa piste de temps, donc le choix de revenir au quasi-abstrait n'en est que plus justifié.