Les jardiniers indécis
Pour une raison qui m'échappe, les jeux de constructions de territoires à base de cartes à tuiler sont souvent énervants. Je pense à Bloom, Café et Honshu, que je trouve tous trois un peu trop prise de tête malgré leurs qualités évidentes. Peut-être que le principe de tuilage, qui offre beaucoup plus de combinaisons que le simple agencement à la Kingdomino, conduit vers cette pente glissante de l'optimisation sans fin.
Eh bien, Die Hängenden Gärten vient casser cette série maudite, car il n'est pas, mais alors vraiment pas du tout prise de tête: c'est vraiment un jeu feel-good, idéal pour relaxer nos neurones grillés après une grosse partie de kubenbois.
Les cartes piochées, quadrillages de 6X2, comportent souvent une majorité de terrains vides mais aussi toutes sortes d'aménagements. Peu importe ce qui est représenté d'ailleurs, puisqu'on va juste essayer d'assembler de grandes zones aux motifs unis.
Pour placer une carte, toutes ses cases comportant ses aménagements doivent recouvrir une carte en dessous (des terrains vierges ou d'autres aménagements). Ce qui est sympa, c'est que tout va très vite: on agrandit une zone tout en dégageant beaucoup de terrains vierges pour des cartes futures, tout en entamant par inadvertance nos futures zones prometteuses. C'est extrêmement fluide, très "bac à sable" malgré la simplicité des règles.
Une fois la zone assez vaste, on va avoir droit de poser un palais (impossible à recouvrir) et de tirer une tuile de score (une zone de 6 ou plus permet même d'en tirer deux). On rentre alors dans petit jeu de collection qui n'a presque rien à voir avec le précédent, mais c'est très agréable. D'ailleurs, ces belles zones où le palais est venu se construire sont ensuite systématiquement malmenées pour en créer d'autres (et gagner d'autres tuiles), ce qui donne l'impression d'un jardinier fou ou bien d'un roi qui changerait tout le temps d'avis sur la composition de son parc!
Die Hängenden Gärten est donc un jeu qui ne cherche ni la tension ni la stratégie, juste le plaisir simple de faire mumuse avec un territoire et toucher les récompenses facilement. On pourrait croire que l'interaction est faible, mais il est tellement facile de voir ce dont les autres ont besoin qu'évidement on passe son temps à se faucher les tuiles ou les cartes. A ce titre, le jeu est vraiment meilleur à deux car il y a d'avantage de choix de cartes.
Alors évidemment, ce n'est pas du tout profond, mais c'est très loin d'être idiot, aussi bien pour l'agencement des terrains que pour les collectes de tuiles. Peut-être cette méthode inversée, consistant à proposer des règles ultra simples pour finalement nous faire un peu réfléchir, est-elle finalement plus productive que de nous assommer avec des calculs d'optimisation à la d'Honshu ou Café? Et puis, avec ses dessins classiques de bâtiments et jardins qui rappellent un peu ceux d'Alhambra, The Hanging Gardens bénéficie d'un réalisation simple et réussie en accord avec l'esprit zen de ses mécanismes.