Construire l'Armée de terre cuite... dans un jeu de société ?
L'intégralité de ma critique est disponible sur VonGuru :
Xi’An n’est pas un jeu très complexe, s’il demande un certain temps d’assimilation, c’est seulement parce que ses règles manquent de clarté aux moments où elles auraient le plus besoin d’être parfaitement claires. Rien heureusement dont plusieurs relectures ne puissent venir à bout, et il faut dire que les éditeurs ont manifestement eu conscience du problème, puisque outre les quelques illustrations, le livret contient une quantité inédite d’exemples, souvent aussi longs que les règles elles-mêmes.
Il faut également signaler l’absence de thermoformage et le côté plastique très affirmé des soldats de terre cuite, deux nécessités pour rester dans une tranche de prix raisonnable, mais qui peuvent rebuter quand on cherche une forme d’immersion graphique. Je me réjouis tout de même du choix des figurines, malgré leur qualité, elles apportent un relief très bienvenu, assez rare dans les jeux à l’allemande.
Quand on est conscient de ces quelques obstacles à une appréciation immédiate et inconditionnelle de Xi’An, on peut enfin profiter pleinement de la richesse du titre. Une richesse tactique bien sûr, puisqu’il s’agit d’un jeu d’affrontement indirect étonnamment concluant, avec ses phases de jeu assez rapides, et la multitude des stratégies possibles pour vaincre. Une richesse thématique surtout, que j’ai rarement vu aussi accomplie. Les jeux dits à l’allemande sont connus pour leur thème artificiellement plaqué sur des mécaniques subtiles, tandis que dans Xi’An, tout transpire l’authenticité.
Même les encarts historiques ne sont pas tant un gimmick qu’une manière de rappeler à quel point certaines règles sont fidèles à une réalité historique. J’aime également beaucoup la complétion des règles autour des soldats, qu’il s’agit de poser, de peindre et d’équiper dans différentes fosses avec des règles différentes pour chacune de ces étapes. On va jusqu’à ressentir en fin de partie une certaine humilité à avoir fourni autant d’efforts pour la seule gloire de l’Empereur, un sentiment assez rare dans les jeux de gestion où l’on nous habitue plutôt à asseoir notre domination et prouver notre puissance, plutôt qu’à être le fonctionnaire le plus fidèle d’un chef sur chantier ! Je n’ai peut-être pas retrouvé les sensations éprouvées devant la véritable armée de terre cuite, mais j’ai retrouvé les sensations procurées par un jeu passionnant, et quelque part, c’est ce que je pouvais attendre de mieux en testant Xi’An.