Original et envoûtant !
Créer un jeu en temps réel dont le système se fonde exclusivement sur le bon usage de sabliers : voilà le pari audacieux de Tobias Stapelfeldt. Un pari gagné et sur-gagné, en ce qui me concerne.
Comme tous les joueurs jouent simultanément, au diable les longues attentes des jeux au tour par tour ! Certes, au cours des 5 premières minutes, il y a peu à faire et l'on attend tranquillement que sa planète évolue, en jetant des regards intéressés à la progression de ses adversaires. Mais à la dixième minute, on est déjà overbooké. Pas le temps de lambiner : il faut construire, upgrader, produire ! Déjà plus que 15 minutes de jeu ?? Damnation ! Et voilà l'autre qui vient de terminer d'affreter son vaisseau. Il va livrer avant moi, le bougre ! Vite, une autre demande !
A Space Dealer, plus que de tactique ou de stratégie, c'est de sens aigu de l'organisation dont vous aurez besoin - une compétence rarement exploitée dans les jeux de plateau. Comment évoluer rapidement, tout en synchronisant au maximum le développement, le transport et la production, en gaspillant le minimum de ressource, en rentabilisant au mieux les sabliers et les sources d'énergie ? Cette question n'a pas de réponse péremptoire, car la situation diffère d'une partie à l'autre.
C'est vrai, on peut craindre la survenue d'une voie royale du développement, au fur et à mesure que les joueurs deviennent d'experts space dealers. A terme, c'est certainement dans le même ordre que l'on construira ses bâtiments, d'une partie à l'autre, et le hasard du tirage des cartes redeviendra un paramètre crucial. Mais sans une bonne gestion de ses sabliers en fonction des demandes adverses, une bonne combo de constructions ne vous servira à rien.
Un autre regret : le peu d'interaction entre les joueurs. Comme on joue tous en même temps, on joue essentiellement chacun dans son coin. Mais cela n'empêche pas les joueurs de commenter la partie avec enthousiasme.
Un troisième regret : les habitués du jeu auront toujours un avantage écrasant sur les novices. Cela dit, quelques parties suffisent aux novices pour se hisser eux-mêmes au rang d'experts.
Les règles de bases ne servent d'ailleurs qu'à s'habituer au mécanisme du jeu. Au bout de deux parties, il devient urgent de passer aux règles avancées, sous peine de voir la partie se terminer prématurément, 5 à 10 minutes avant le compte à rebours final, et de rester amèrement sur sa faim.
En revanche, les sondes et les missiles, permettant d'introduire un soupçon d'interaction, s'avèrent d'un fonctionnement assez décevant. Pour saboter le sablier d'un adversaire, vous devez vous-mêmes y consacrer un sablier : une perte de temps dont les principaux bénéficiaires seront bien sûr les autres joueurs. Nous avons déjà cessé de jouer avec ces options.
Malgré ces quelques défauts, Space Dealer reste un jeu extrêment grisant, sans doute par son système original. On est littéralement baigné dans l'ambiance, surtout si l'on joue avec le CD : chaque décompte de temps fait grimper d'un cran le taux de stress.
Space Dealer, on l'adore ou on le déteste, mais il n'y a pas de juste milieu. Pour ma part, c'est un dealer qui m'a déjà rendu accro, et je n'ai pas l'intention de me désintoxiquer !