Derrière le fog, la mauvaise surprise
Je n'ai d'ordinaire aucune difficulté à écrire des critiques sans sombrer dans la vulgarité ou l'insulte facile et pourtant London 1888 m'a donné du fil à retordre. Comment a-t-on pu gâché à ce point un thème, un design et une ambiance? Cette question, NekoCorp nous en donne la réponse de manière magistrale.
Pour comprendre un peu mieux cette critique, sachez que j'ai fait deux parties, que le jeu ne m'appartient pas et que nous étions sept joueurs. En outre, j'emploie la première personne du pluriel car je pense que dans mon groupe de joueur l'avis est unanime.
Commençons par le commencement, la boîte indique qu'une partie dure environ 90 minutes, bien. Notre première partie a duré 30 minutes, le temps de découvrir Jack et qu'il se suicide, le pauvre n'avait même pas eu le temps de sortir de chez lui. Nous considérâmes cela comme un manque de chance et décidâmes de faire une deuxième partie qui dura elle environ 3 heures, soit 180 minutes, et encore nous n'eûmes pas le courage de la terminer tant la partie s'était avérée fastidieuse. J'emploie ce mot à escient car je n'ai rarement vu un assemblage de règles aussi mal fait.
Tout d'abord le rythme est complètement cassé par un système de déplacement dépassé et qui n'a que pour seul but d'allonger la partie. Ayant dès le début abandonné le système aléatoire, nous décidâmes qu'un personnage en bonne santé pouvait parcourir cinq cases, contre quatre pour un personnage blessé et trois pour un mourrant. Malgré cela, nous eûmes toutes les peines du monde à agir à chaque tour tant il était dur de rejoindre un personnage situé à l'autre bout de la carte. Je ne parle même pas de l'impossibilité de se placer à plus de deux sur une même case, nous ne savions pas les rues de Londres si étroites.
Les actions pouvant être accomplies chaque tour semble avoir été décidées en dépit du bon sens car beaucoup trop puissantes. Ainsi la carte "Couvre Feu" a fait sauter mon tour et perdre trente minutes de ma vie car je ne pouvais que regarder les autres joueurs agir sans pouvoir rien faire. La carte "Pluie" paralyse la partie car avec un peu de malchance tous les joueurs se retrouvent bloqués à leur case. Enfin la carte "Voleur" et "Courrier" poussent les joueurs à ne pas perdre leur temps avec leur équipement, leur argent ou les cartes qu'ils ont en main car ces dernières disparaissent à un rythme effrayant, aucune stratégie sur le long terme n'est donc possible.
Je ne m'explique pas non plus pourquoi les auteurs ont cru bien faire en limitant le nombre de décision à une. À la vue de leur efficacité, ils auraient pu aussi bien autoriser les joueurs à en faire autant qu'ils voulaient. La possibilité d'échanger des cartes entre joueurs est rendue caduque par la nécessité de se placer sur une même case, le magasin est sans intérêt à cause des cartes "Voleurs" et "Courrier" et le marché noir est trop dangereux, il ne reste donc plus que la fouille, les combats et l'interrogatoire.
Je m'arrête un instant sur le système des accusations car si ce dernier est dans le fond sympathique, l'idée d'ajouter la carte "Suspect" est complètement absurde. Nous avons arrêté de jouer lors de notre dernière partie car nous n'arrêtions pas de retourner la carte "Suspect", inutile de dire que c'était particulièrement frustrant.
Les combats sont tout aussi bancals car il est difficile voire totalement inutile de s'en prendre à un autre joueur lorsqu'on voit ce qui se passe en terme de jeux. Le passage par la case prison vous condamne à une bonne vingtaine de minutes d'ennui et l'impossibilité de déterminer si la victime était coupable ou pas par la suite ralenti d'autant plus la partie.
De son côté le pauvre Jack n'est pas à la noce. Il a en effet été beaucoup question de diplomatie et de ruse pour pouvoir jouer le meurtrier mais en vérité seule la chance détermine s'il gagne ou pas. Il est en effet obligé d'attendre que les meurtres veuillent bien se produire mais ces derniers sont étalés à travers la pile de cartes évènements. Manque de chance pour nous, notre premier meurtre eut lieu au dixième évènement et à la fin de la partie seules trois victimes avaient été découvertes. Ce cas de figure aurait dû être envisagé et cela ne fut malheureusement pas le cas.
Au final, London 1888 fut une terrible déception car derrière l'excuse d'un design bien fait NekoCorp vend cher un système bâclé et visiblement à peine testé. Certains, professionnels ou pas, vous diront que pour une telle qualité on peut fermer les yeux, je ne crois pas. Le design ne fait pas tout et n'excuse pas un tel comportement vénal. C'est d'autant plus navrant qu'il est clair que les auteurs voulaient bien faire, ils sont visiblement accrochés par Jack et le manuel regorge d'informations intéressantes à lire.
Johan HUBER