Parfait et -presque- sans aucune originalité!
Firenze c'est du pur jeu allemand old school, académique et ringard mais parfaitement épuré et comportant une bonne dose d’interaction, un vrai jeu "parfait" comme on en voit rarement, l'illustration même du fameux terme bggesque "streamlined".
Cela dit, si vous comptez parmi ceux qui critiquent régulièrement les jeux "maronnasses", il n'est certainement pas pour vous et sera sans doute la cible de vos (injustes?) moqueries. Oui car ici on n'est pas chez Cathala et compagnie, pas de mignons pandas ou des nains qui font des selfies en souriant: c'est plutôt un voyage dans le temps, avant la vague française des années 2010, vous vous rappellez, quand un jeu sur deux se passait à la Renaissance et était illustré par Menzel... Vos paupière sont lourdes, lourdes... mais non! Vous inquiétez pas on ne s'endort pas du tout en jouant à Firenze c'est vraiment un jeu excellent et varié.
Il appartient à ce genre (hors radars habituels) du jeu de construction, dans lequel on peut placer par exemple Capitol d'Alan R moon ou Palazzo de Reiner Knizia, ou même l'étrange mais intéressant Worlds Monuments. Ce sous-genre a souvent donné des jeux à la fois confus et trop simples (ce qui d'ailleurs est le cas des 3 exemples cités) mais Firenze en constitue une sorte d'accomplissement, de synthèse idéale: si vous ne deviez posséder qu'un jeu de ce type, ce pourrait très bien être celui-là!
Vous avez donc votre petit chantier, sur lequel vous élevez vos tours (des briques qui s'empilent), ceci pour remplir des contrats sur un plateau commun (concurrence et interaction omniprésente) et surtout vous piochez dans une rivière des cartes aux pouvoirs très variés tout en empochant à chaque fois toutes les briques accumulées dessus.
C'est à peu près tout. Ca vous semble totalement éculé? Bah c'est pas faux, mais quelle mécanique d'horloge suisse! Je ne serait pas étonné qu'un Luciani admire la rigueur d'un tel agencement classique, et même que ces tours du plateau central aient servi d'inspiration à son chef d'oeuvre Lorenzo el Magnifico (même si leur utilisation n'a vraiment rien à voir).
On aura rarement vu un jeu aussi simple qui offre autant de dilemmes intéressants. Certes, ceux-cis sont en grande partie dus aux pouvoirs des cartes, qu'il faudra expliquer à tous les joueurs à chaque nouveauté introduite dans la rivière commune (pas besoin de connaître toutes les autres vu qu'elles ne sont pas disponibles et qu'il n'y a pas de main de départ). Non seulement ces effets des cartes sont variés mais leurs modalités d'application le sont également, ce qui garantit chaque partie une belle narrativité aléatoire et un renouvellement d'une partie à l'autre. Ce genre de jeu simple a souvent de défaut de la répétitivité, eh bien Firenze évite cet écueil également.
Je ne vois finalement aucun défaut à ce jeu, qui en plus se joue très bien quel que soit le nombre de joueurs et que les parties sont très rapides si personne ne reste bloqué sur les choix cornéliens. Ah, oui, l'originalité... pour ça c'est sûr qu'on repassera! Quoique... le fait de devoir en permanence entretenir un flux de construction constant (sous peine de détruire une tour entamée) est un mécanisme super intéressant que je n'ai encore vu nulle part ailleurs. Vous pouvez commencer autant de tours que vous le voulez, belle liberté mais après il va falloir assumer et ne pas les laisser à l'abandon!
PS: Ha je viens de comprendre que l'auteur Andreas Steding est également celui de Hansa Teutonica et Gugong, pas dégeu le palmares...