Tous les ingrédients y sont mais...
Cet avis porte sur le jeu de base ET son extension Terra Incognita.
Je considère le seul jeu de base comme peu intéressant ; l'extension, indispensable à mon avis, propose un vrai jeu de civilisation (et permet de jouer à cinq).
Exploration, développement technologique, combats, exploitation de ressources, construction de merveilles, leaders aux pouvoirs asymétriques, un peu de diplomatie ... Vous trouverez ici tous les bons ingrédients qui font les meilleurs jeux de civilisation. Si vous ajoutez un tour de jeu très simple (vous jouez une des six cartes posées devant vous) et une durée de partie contenue (entre 1h30 et 2h30 selon les configurations, hors première partie de découverte ), "Civilization, Une aube nouvelle" a tous les atouts pour plaire.
Et pourtant je considère qu'il n'arrive pas à se hisser à la hauteur de ses grands anciens (Clash of Cultures, Through The Ages, Nations).
Tout d'abord à cause de ses règles éclatées en deux livrets (base et extension) sans aide de jeu récapitulative individuelle. Si le principe de base est simple il existe beaucoup de micro règles peu intuitives qui nécessitent de fréquentes vérifications. Le meilleur exemple est la description des combats qui sur plusieurs pages détaille tous les cas de figures (barbare, cité-état, place forte, pion contrôle...) chacun procurant des bonus différents au défenseur.
Les pions districts nécessitent également une étude attentive et le statut de certains éléments (caravanes, merveilles de la nature...) n'est pas toujours clair, par exemple vis à vis des barbares.
Si vous jouez régulièrement vous vous en sortirez mais si vous sortez le jeu après plusieurs mois, il est probable que la plongée soit douloureuse.
Un autre point qui me gène est le rythme du jeu avec un départ très lent et une fin au sprint, rapide voire brutale.
Il faut bien comprendre que pour gagner il faut réaliser des objectifs (4 sur les 5 tirés en début de partie). C'est donc une course dans une direction précise. Il vous faut être efficace dans des domaines précis. Les voies de développement utiles sont donc limitées et la partie peut se terminer avant que vous ayez réussi à vous organiser. L'important est de combiner au mieux le pouvoir de votre civilisation (déséquilibré suivant les objectifs), le pouvoir de merveilles achetées et les cartes progressions à votre disposition.
La frustration est grande de ne pouvoir utiliser des cartes puissantes de "niveau quatre". En six parties je n'en ai débloqué que très rarement et je n'ai jamais pu vraiment les utiliser. Il en est de même pour les merveilles de l'âge moderne, couteuses et tardives.
On reproche souvent aux jeux de civilisation d'être trop axés sur le militaire. Ici c'est un peu l'inverse. Même si l'un des objectifs est toujours militaire (prise d'une place forte) il est accessible sans trop d'effort et il est assez facile de se défendre contre un adversaire belliqueux.
Comme dans Scythe, chacun joue dans son coin jusqu'à un éventuel combat final. Si à deux ou trois joueurs le plateau permet d'intervenir n'importe où, à quatre ou cinq vous ne pourrez que difficilement inquiéter un adversaire loin de vous.
Je pense d'ailleurs que le jeu est idéal à trois joueurs et bon à deux. A quatre ou cinq joueurs les sensations ne sont pas meilleures, l'interaction est faible, et les parties plus longues.
La mise en place est un peu longue car il y pas mal d'éléments à installer. La table nécessaire dépend du nombre de joueurs. Le matériel est de qualité et adapté, à part l'absence d'aide de jeu déjà signalée et le manque de clarté de quelques pions ("cités-états" difficiles à distinguer). Le prix est plutôt élevé compte-tenu du prix de l'extension.
Au final comme une mayonnaise imparfaite je considère que "Civilization, une nouvelle aube" ne réussit pas totalement son pari de proposer un jeu de civilisation en deux heures. Le jeu n'est pas désagréable, il est même peut-être à conseiller à ceux qui n'aiment pas la composante militaire inhérente au genre, mais à une époque où le choix est grand et les moyens (financiers, temporels...) de chacun limités il ne me semble pas indispensable.