Mon chouchou pitchou
Alors oui, le jeu est déroutant pour beaucoup de gens (y a qu'à voir les premières notes), mais moi, j'adore. Je rejoins en ça l'avis de Ludo le Gars, par exemple.
J'adore les petits meeples originaux, j'adore que les ressources servent à plusieurs niveaux (engager des prêtres, recruter des ouvriers, acheter, sacrifier, se déplacer, etc.), je trouve diabolique la topographie des quartiers (la roue Gerdtsienne déguisée), j'adore qu'on ait souvent des choix à faire pendant le tour des autres au lieu d'attendre comme une andouille, j'adore le concept de la piste Inca, j'adore la façon dont se dessine le décompte final au gré des cartes qu'on choisit, j'adore la tactique liée à la prise des jetons bonus, qui conditionne le déclenchement de la fin de journée et l'obtention du privilège de premier joueur, etc., etc.
Evidemment, il y a le "problème" de l'arrivée des Espagnols, qui à mon avis n'en est pas vraiment un. J'aime l'incertitude qui y est liée et je ne trouve pas que ce soit une fatalité qui plombe la partie. C'est une donnée essentielle du jeu, pourquoi ne pas simplement la prendre en compte ? Deux remarques au sujet de l'invasion espagnole :
il me paraît capital, vers le milieu de partie, ou en tout cas quand on commence à sentir que les Conquistadors vont probablement débarquer, d'opérer des choix de cartes forts en or. En cas d'indécision entre deux cartes, toujours opter pour la plus élevée en or, voire tout à la fin, privilégier l'or même si la carte ne vous sert à rien pour le décompte initial.
sur ma dernière partie, les Espagnols ont déboulé, j'ai décroché le bonus x3... et j'ai fini 3ème sur 4 ! Comme quoi, ça peut ne pas être décisif et ne pas exploser les écarts.
Maintenant, je comprends tout à fait qu'on soit dérouté par l'opportunisme du jeu, son incertitude (pour sa stratégie personnelle comme pour l'avancée des adversaires) au gré de cartes tirées par les uns et les autres et par le décompte final qui plane comme une épée de Damoclès. Mais moi, je trouve que c'est ce qui fait en partie son charme. D'ailleurs, le fait de rejeter deux cartes parmi toute sa main quand on pioche permet justement de réorienter en partie sa stratégie. C'est aussi un jeu où il faut souvent agir en fonction des autres, s'appuyer sur leurs choix pour jouer soi-même. C'est ce que j'aime aussi dans un jeu comme Amyitis, que je rapprocherais de Machu Picchu pour ce côté incertain, ses retournements de rapports de force et son tempo subtil. Je ne dis pas qu'il n'est pas difficile d'avoir prise sur le jeu et de s'assurer la victoire, mais ce que je sais, c'est que personnellement, à Machu Picchu, la recherche de la victoire en elle-même me divertit énormément. Et c'est clairement ce que j'attends d'un bon jeu. Qui plus est, Machu Picchu se prête à des stratégies assez variées, sans négliger, bien sûr, de s'adapter à ce qui passe : sacrifices à outrance dès le début pour amasser des cartes, répartition sur les zones de productions pour monter en puissance plus tard, spéculation en achetant et en vendant sur le marché, mettre la pression en prenant tôt les jetons bonus, etc.
Dernier point : le jeu fonctionne très bien à deux joueurs (et mon petit doigt me dit que c'est la configuration dans laquelle la probabilité que les Espagnols arrivent est la plus réduite, sans doute à cause du nombre de jours joués et d'actions réparties entre les deux joueurs).