Un jeu qui fera datte...
... dans l'histoire du jeu de chameaux.
Outre l'enseignement qu'il nous apporte sur la rustique vigueur de nos ancêtres des abords du Tigre et de l'Euphrate, qui peuvent, sans mourir, se nourrir exclusivement de sel durant toute une saison, le jeu Assyria offre des moments de tension rarement égalés dans des jeux de cette dimension tactique et stratégique : le pari qu'a fait l'éditeur de nous procurer des jeux très "euro" tout en y incorporant une grosse louche de méchante interaction n'a, je pense, jamais été mieux gagné.
On est en concurrence sur absolument tout, et par des biais très variés : lutte territoriale pour l'occupation des hexagones les plus sexys, enchères "différées" pour gagner les faveurs des dignitaires d'Assur, denrées vitales en quantité limitée...
Ceci malgré un tour de jeu relativement long\* comparé à d'autres jeux que l'on pourrait dire (parfois un peu à tort) "de gestion".
Pas d'action unique par tour ici : lorsqu'on est en phase d'expansion, on pose toutes les huttes possibles d'un seul coup ; lorsque vient l'heure d'investir, on fait tous ses achats à la suite.
Je trouve personnellement ce tour de jeu, un peu "à l'ancienne", plutôt rafraîchissant : les choix à faire restent cornéliens, et la frustration reste de la partie, mais on n'est pas du tout dans un exercice de planification précaire sur douze tours imposé par un mécanisme arbitraire d'éclatement de l'action.
Assyria se détache par des spécificités qui ne seront perçues dans leur subtilité qu'après plusieurs parties, mais le jeu, dans les premières impressions qu'il laisse, ne dépayse pas : c'est un Meccano astucieux de mécanismes très différents que le thème peine à lier. On pense immédiatement à Amyitis. Que l'on ne s'y fie pas, Assyria propose bien des sensations de jeu originales. C'est juste un Ystari pur jus, rien à ajouter.
\* Toutes proportions gardées, hein! Tout joueur dont la phase d'expansion excède les deux minutes doit être fessé\*\*.
\*\*Sauf si la loi antifessée passe et que c'est votre enfant. Alors contentez-vous de le tancer vertement.
\[edit] Rien à ajouter? C'est vite dit. Assyria ne promettait pas de ressortir chez moi autant qu'il le fait. La courbe de progression est étonnante et on ne se lasse pas de voir s'imbriquer les échelles de jeu, tactique et opportuniste, stratégique... Le mécanisme qui règle l'ordre du tour est une merveille, mais les implications de l'ordre du tour sont plus merveilleuses encore. Rares sont les jeux où être deuxième ou dernier dans le tour peut être plus intéressant que d'être premier.
J'ai lu ici et là qu'Ystari nous servait un jeu calculatoire et froid. C'est faux. Assyria fait partie de ces jeux auxquels on peut gagner à l'instinct, où un retard au score monstrueux peut n'être que trompeuse apparence et être rattrapé quand la machine à points patiemment élaborée durant les premiers tours a reçu son dernier coup de polish. Et c'est, avant tout je crois, un fabuleux jeu de blocage.