Rio ne réponds plus ! ... il joue !
Brazil Impérial !
Un jeu de développement rapide et d’accès facile. La lecture du jeu est aisée, même si on se concentre d’abord sur son propre jeu dans les premiers tours. On développe, on construit, sans trop se soucier des adversaires. C’est quand lulu annonce fièrement qu’elle passe à la deuxième ère alors qu’on en est encore à couper du bois que l’on réalise qu’on avait peut-être pas fait les bons choix . Surtout, il est important de garder un œil sur le développement des autres joueurs. Pas seulement pour les guerres de territoires, on le verra, mais parce que les objectifs sont suffisamment divers pour que les deviner ne soit pas évident. Il n’y a pas de contre – à de rares exceptions près de quelques cartes de fourberies – tant qu’il n’y a pas d’affrontement. Un début de partie consiste donc à développer son petit comptoir comme un roitelet épicier, mais avec une plume de cacatoès dans les cheveux.
C’est là que ceux qui boudaient un peu le jeu passent devant votre table et s’arrêtent médusés par la beauté du plateau après quelques tours de jeu. C’est beau et rapidement très satisfaisant, ce qui est important pour convaincre ceux que la richesse des règles pourrait a priori effrayer. Ils auraient tord, rien de complexe, des échanges de trois trucs contre deux machins, de deux bidules contre 1 autre truc (je veux pas vous divulgâcher, mais à un moment, il est question de canne à sucre) des actions lisibles sur un plateau joueur et qui s’enchaînent vite fait bien fait.
On a vite fait de marquer environ 60 à 70 points de victoire sans s’en apercevoir. Le comptage des points est très facilité par le système de marquage dévoilé par les actions de jeu et un petit carnet est fourni qui termine de faire du décompte une simple formalité. Pour l’instant toutes nos parties se sont jouées à 5 à 7 points de différence, ce qui permet d’espérer gagner jusqu’au bout et de ne pas se sentir une pauvre banane quand on a perdu.
Surtout, c’est si fluide qu’on a de suite l’envie d’en refaire une. Pour le moment, la boîte ne quitte pas la table depuis que j’ai reçu le jeu. Pour dire, je n’ai pas encore trouvé la place dans mon placard... qui explose déjà. Le jeu s’écoule tout seul, comme l’amazone et il est riche comme la faune et la flore qu’il en reste. La version Bolsonaro n’est pas (pas encore) un personnage jouable, (on a hâte de pouvoir bousiller de la forêts primaire au kilomètre carré de soja, mais du côté droit de la table on me dit que ça ne saurait tarder. Ah ? Le côté gauche de la table riposte en m’envoyant sa cavalerie ! Ça va chauffer !
Un matériel de conquistador au retour vers l’Espagne :
Le contenu de la boîte est riche et coloré, cela se voit de suite. Les cartes et les illustrations superbes, une note historique et biographique complète des règles très claires. Après plusieurs parties, je n’ai pas encore ressenti le besoin d’aller consulter les FAQ. Les tuiles sont joliment dessinées, les jetons et les logos faciles à retenir une fois les premiers tours joués. Beau travail d’éditeur.
Un seul petit défaut agaçant, le thermoformage. On le voit et en pensant à Jamaïca on se dit « Chouette un thermoformage ! » ; puis on l’utilise et on s’écrie avec stupeur « Mais qu’elle est l’andouille aux doigts de fée assez fins pour saisir les jetons dans ces puits étroits à qui l’on a confié la mise au point ? ». Heureusement le jeu est généreux en pochettes plastiques ce qui permet de ranger sans utiliser cette fausse bonne idée thermoformée.
Faites la moue, pas la guerre !
Si lever des unités rapporte de nombreux points de victoire, les combats nous ont pour l’instant laissés de marbre. Brazil n’est pas un wargame. C’est d’abord un jeu de développement et la course aux objectifs nous fait souvent perdre de vue l’aspect conquête, même avec un suprême leader comme Napoléon, pourtant légèrement orienté bataille avec ses deux unités de grenadiers capables de pourfendre le brésilien à distance.
Si vous n’êtes pas Stéphane Berne, il vous faudra lire la notice historique pour comprendre - ou vous rappeler - pourquoi Napoléon est présent dans un jeu sur la croissance du brésil !
Mais moi ça ne me gêne pas plus que ça, nous avons testé les affrontements en fin de partie plusieurs fois, « pour voir », mais nous avons de loin préféré le développement concurrentiel jusqu’à fin de partie par le premier atteignant le stade III. Sachant que ce n’est pas forcément lui qui gagne, il faut être vigilant avant de s’écrier « Fin ! ».
Bref un beau jeu, complet et parfait pour aller un peu plus loin dans la complexité ludique sans la moindre dose d'austérité et sans fausse note dans les règles. Bravo ! Je m'en vais boire une Caïpirinha à la santé de M. Mendez et de ses acolytes !