Money Inc.
Comme tous les ans le Splotter nouveau est arrivé, et comme tous les ans on est impatient de savoir ce qu’a dans le ventre le petit frère de R\&B et d’Antiquity, et cette année il y aura peu de déçus.
Je ne vais pas m’amuser à comparer Greed Inc à ses illustres aïeux car je ne les ai pas assez pratiqués, mais aussi car Greed est foncièrement différent, plus léger (au moins en apparence), et est plus basé sur le dialogue et les échanges entre joueurs que sur le tord neurone pur et dur.
Au niveau des points communs on retrouve avec plaisir le système de jeu simultané des différents joueurs, ce qui est toujours agréable pour un « gros » jeu, ça permet à tout le monde de se sentir concerné en permanence, et évite les temps morts pendant la partie. On retrouve également en version épuré le côté « arbre » des ressources, à savoir il me faut du fer et du charbon pour accéder au chemin de fer, etc…
Côté matos c’est évident pas exceptionnel comparé à la production moyenne, mais ça l’est pour du Splotter, rien à redire c’est propre et pas moche du tout. Et puis si on ne jouait qu’aux beaux jeux on louperai les ¾ des jeux intéressants (ne jamais sous estimer la beauté intérieure, c’est mal)
C’est bien beau tout ça, mais comment on joue ?
Et bien c’est relativement simple, chacun commence à la tête d’une entreprise qui dispose de 100 boules pour se développer. Au début de chaque tour tous les joueurs proposent simultanément un Asset à vendre, et chaque compagnie peut alors en acquérir 1 aux enchères. Il existe 2 types d’asset : les producteurs primaires et secondaires. Les producteur primaire correspondent grosso modo aux matières premières (charbon, coton,…) et ils produisent de manière autonome. Les producteurs secondaires ont besoin d’une ou plusieurs matières premières pour produire un produit plus complexe (maison, chemin de fer…)
Chaque Asset proposé a une influence sur le cours d’une marchandise (à la hausse ou à la baisse), et permet à la compagnie qui l’acquiert de produire un nouveau type de bien. En contrepartie le joueur qui avait proposé cet Asset à la vente prend place dans la compagnie acquéreuse à la plus haute place encore vacante (donc en tant que N°2 au 1er tour).
Chaque compagnie ne peut posséder que 4 Asset simultanément et est composé au maximum de 6 personnes, chaque joueur pouvant être placé plusieurs fois dans une même compagnie. On peut également se placer soi même dans sa propre compagnie. Cette phase de placement est très importante stratégiquement, l’objectif est de se placer dans les entreprises qui vont dégager le plus de bénéfices, et donc de proposer les Assets les mieux adaptés à celles-ci, tout en contrôlant les variations de cours induites.
Vient ensuite l’étape centrale du tour de jeu : les producteurs primaires produisent, puis les joueurs procèdent à des échanges/ventes/promesses pour essayer d’optimiser (et non pas maximiser) leurs gains de l’année. C’est à ce moment là que des matières premières changeront de main, en général à un prix plus élevé que le prix du marché, pour permettre aux producteurs secondaires de tourner à plein régime… ou pas.
Passé cette phase de libre échange l’ambiance à table se fait plus studieuse car il est temps de compter les bénéfices de l’année de chaque entreprise.
Toutes les entreprises pour lesquelles les bénéfices de l’année sont inférieurs à ceux de l’année précédente doivent alors désigner au moins un responsable à cette gestion foireuse, et au moins un des 3 grands pontes doit être viré. Les 3 joueurs placés aux 3 places les plus hautes dans l’organigramme désignent donc un responsable à tour de rôle, et toutes les personnes nommées au moins une fois sont virées.
Il est dont assez fréquent de voir le top 3 décapité en un seul tour, d’autant plus qu’être viré c’est rentable, puisque c’est le moment de toucher son parachute doré : 40% du cash disponible de l’entreprise (le cash disponible ne contient pas les revenus de l’année en cours) pour le PDG, et 20% pour ses ex-collaborateurs. L’argent ainsi gagné va dans la poche du joueur (système de double portefeuille qu’on retrouve à Imperial par exemple).
On réorganise ensuite l’organigramme de la société en décalant vers le haut tous les membres restants, et le nouveau PDG récupère l’entreprise en l’état, après avoir défaussé un Asset.
Cette récompense à votre parfait travail permet aux joueurs d’acheter à la fin de chaque tour:
Les précieux PV aux enchères. La mise de départ est égale à l’enchère maximale du tour précédent, ça grimpe donc assez vite.
Une nouvelle entreprise aux enchères également
Quelques remarques en vrac :
On peut bien évidemment s’arranger pour qu’une entreprise fasse plus ou moins de bénéfices que l’année précédente, en effectuant des transactions plus ou moins douteuses entre joueurs.
Avoir plusieurs entreprises est la garantie de pouvoir profiter au maximum du point ci-dessus
-Garder à l’esprit que le cash gagné par les entreprises dans lesquelles vous êtes placé vous bénéficie aussi
Le jeu est très différent à 3 d’à 4 et 5. A 3 on joue 12 tours, on a beaucoup de temps pour développer ses entreprises, et on se place forcément chez ses concurrents directs, et inversement. A 4 et 5 le jeu est beaucoup plus court (8 tours), il faudra donc passer ses entreprises en faillite plus tôt. Il y a moins d’occasion d’enchérir et plus de joueurs, le timing est donc primordial.
Greed Inc est clairement une production atypique, qui donne la part belle à l’interaction entre joueurs, au dialogue et à la mauvaise foi, très différents des autres Splotter, qui prouve ici son savoir faire hors de la grosse gestion qui tache.
Un pouicomètre au maximum, malgré 2 réserves que j’espère pouvoir lever au cours des prochaines parties :
Un tirage d’Asset peu en phase avec la partie complique d’autant le placement chez les autres joueurs (tous les assets tirés seront proposés aux entreprises, mais pas forcément choisit par celles-ci).
Avoir une entreprise toute fraiche dans les 2 derniers tours permet de complètement vider les comptes de son (ses) autre(s) entreprise(s) et d’empocher 40%/60%/80% du cash en gérant bien les 2 derniers tours.
Edit : Après plusieurs parties mes réserves s'avèrent fondées, je dégomme donc un pouic. Un jeu très paradoxal, avec 2 énormes défauts, mais qui reste très plaisant à jouer malgré tout