Un troisième opus bien ficelé mais qui manque de tension
Avis après une campagne menée à quatre joueurs (la même équipe avec laquelle j'ai joué les deux premiers opus) et des échanges avec deux autres groupes qui ont également joué l'ensemble des saisons (mais à trois joueurs). Pas facile en effet de faire abstraction de sa propre expérience de jeu (l'évolution du plateau, des personnages et les automatismes acquis) qui peut différer sensiblement de celle d'un autre groupe.
La première saison commençait en terrain connu : le Pandémie de base et des ajouts (pour partie) inspirés des extensions, pour une expérience maîtrisée sur une mécanique connue. La deuxième saison tentait beaucoup de choses et, notamment, une approche plus ouverte avec l'exploration et une scénarisation accrue. Avec une expérience clivante et, me semble-t-il, fonction du fait de coller ou pas au déroulement idéal (d'ailleurs suggéré si on y prête tant soit peu attention).
Dans le cas contraire le jeu opérait des rééquilibrages violents (pour remettre le groupe sur les rails du scénario) et glissait vers une difficulté assez punitive. Elle a laissé à mon groupe des souvenirs contrastés avec une fin de campagne subie et calamiteuse, alors que c'est peut-être la plus palpitante des trois (et qu'elle propose d'excellentes choses d'un point de vue mécanique).
J'ai l'impression que cette saison 0 a cherché à revenir vers quelque chose de plus consensuel, tout en poursuivant le travail narratif et en proposant, une fois encore, de très bonnes idées de mécanique (la gestion des équipes sur le terrain et les couvertures - bref, tout ce qui touche à l'alignement - et les infiltrations).
La trame narrative est par elle-même assez classique - c'est d'ailleurs mon premier reproche cette absence de surprise, j'aurais aimé des objectifs qui apparaissent ou changent en cours de partie, à la faveur d'une infiltration ou d'une capture par exemple. Par ailleurs certains éléments semblent gratuits, avec une fonction ludique évidente mais sans vraiment convaincre, comme les évaluations psychologiques.
Mon second reproche concerne la difficulté : le jeu nous a semblé facile (aucun échec, 7 victoires 'bonnes' et 5 'adéquates', ce degré de réussite étant particulièrement avantageux dans la mesure où le financement augmente). Les deux autres groupes de ma connaissance ont également trouvé la campagne relativement aisée. Alors certes nous sommes des vieux routards de Pandémie (mais c'était déjà le cas lors de la saison 2) : j'y vois plutôt une volonté d'accessibilité (et peut-être un peu de frilosité) après une saison 2 âpre et aussi une conséquence de l'aléa très important de la mécanique des incidents qui a sans doute contribué à placer la barre assez bas.
Par ailleurs certaines conséquences de missions échouées ou partiellement réussies font office de vase communicant : elles font apparaître de nouvelles menaces mais qui se substituent à d'autres et n'augmentent pas réellement la pression.
Je me montre critique mais je tiens à souligner que je trouve cette saison très bien produite, à la fois dans l'ambiance, le matériel (enfin si on excepte les cases à gratter sur les passeports) et la mécanique. C'est globalement du très haut niveau (je donne d'ailleurs une note supérieure à la saison 2, pour moi la 'grande saison malade') mais nous n'avons vraiment connu le frisson des victoires in extremis et impensables quelques tours plus tôt ou des échecs 'si près du but' que lors de deux mois sur douze. Le reste du temps les parties étaient raisonnablement maîtrisées, avec une victoire prévisible à l'arrivée et, dans quelques cas, sans même la moindre inquiétude (aucun ou un seul marqueur incident / éclosion placé). Par nature les infiltrations suscitent un peu de cette tension mais ça ne suffit pas. C'est un avis personnel et subjectif mais je ne crois pas que Pandémie est à son meilleur quand la lutte est âpre et l'échec me semble nécessaire (à condition de ne pas non plus commencer une partie avec une défaite annoncée, comme cela nous est arrivé dans la saison 2).
Clairement une saison incontournable pour qui aime Pandémie. Et peut-être aussi l'impression que la formule, sous cette forme, est arrivée à son terme : les possibilités narratives me semblent difficiles à étoffer sans informatique.